En Île-de-France, les médecins libéraux entrent dans le DMP grâce à la messagerie sécurisée...

Régions | 11 juin 2010
Les médecins libéraux commencent à basculer vers l’usage de la messagerie sécurisée. 82 % des médecins installés par l’ARDOC, l’association initiée par l’URML Ile-de-France, sont satisfaits de la prestation et du suivi de leur installation. Mais les freins restent nombreux, comme pour les établissements de santé. Il faut les lever. Car l’adhésion à la messagerie, en modifiant les usages, participe du succès futur du DMP.

L’Association pour la généralisation du DMP (AG-DMP) et l’Association régionale pour le déploiement des outils communicants (ARDOC) diffusent depuis 2007 les outils sécurisés de messagerie (OSM) en Île-de-France, respectivement auprès d’établissements de santé et de médecins libéraux d’Île-de-France.

Les quatre enjeux de la messagerie

Les enjeux de ce projet sont nombreux :
– respecter la confidentialité des échanges entre professionnels de santé (décret du 15 mai 2007) ;
– faciliter la relation ville-hôpital ;
– introduire de l’efficience dans les pratiques professionnelles, en établissement comme en exercice de ville ;
– informer et former les médecins aux nouveaux outils.

Un gain de temps pour les médecins

Les messageries sécurisées constituent un support d’information vers le futur DMP. Pour le médecin libéral, l’utilisation d’une messagerie sécurisée se traduit par un gain de temps au service du patient : information reçue en temps et en heure des établissements, des laboratoires de biologie médicale ou de confrères spécialistes.

L’ARDOC accompagne les médecins libéraux dans ce projet, en proposant un choix d’OSM et en aidant le médecin à choisir son outil. Cette politique d’accompagnement inclut l’installation au poste du médecin et sa formation.

Des avancées marquantes

Le recul que nous avons aujourd'hui sur le sujet nous permet d'affirmer que l’intégration automatique des comptes rendus dans le dossier du patient constitue une avancée marquante dans la pratique quotidienne du médecin. Dès lors que ce changement est acquis, il n’y a plus de retour aux anciennes méthodes.

Aujourd’hui, 1 500 médecins installés par l’ARDOC échangent par messagerie. Le flux mensuel s’établit à 60 000 messages par mois, soit près de 20 % des échanges franciliens, dans un contexte où peu d’établissements émettent. Les laboratoires d’analyse de biologie médicale sont les premiers fournisseurs de messages vers les postes des médecins libéraux, avec 25 % du flux.

Radiologues : un gros potentiel

Les cabinets de radiologie sont pour le moment peu nombreux, mais leur potentiel d’échange avec les médecins de ville est énorme. L’échange concerne pour l’instant surtout les comptes rendus, mais la transmission de l’image par messagerie sécurisée est déjà possible en formats publics jpeg ou dif. Le format DICOM n’est pas encore disponible.

L’ARDOC favorise l’interopérabilité

L’interopérabilité des outils est un préalable à tout échange. Les deux normes Apicrypt et S/Mime actuelles ne sont pourtant pas interopérables, l’ARDOC a donc développé une plate-forme de translation de langage. Elle permet à tout médecin de communiquer avec un autre médecin dans un standard différent du sien.

Tout médecin inscrit par l’ARDOC sur la plate-forme ardoc.info dispose ainsi de deux adresses de messagerie sécurisée, une par norme d’échange. La plate-forme est paramétrée pour router les messages au poste. Le fonctionnement est donc totalement transparent pour l’utilisateur, qui ne perçoit pas la plate-forme.

Au menu, CPS et annuaires

L’identification forte est requise pour utiliser la messagerie et la plate-forme, au moyen de la carte de professionnel de santé (CPS).

L’ARDOC a également développé un annuaire des médecins libéraux et des laboratoires de biologie médicale équipés d’une messagerie sécurisée (http://annuaire.ardoc.fr). Il facilite la communication avec le monde extérieur. Les outils de recherche classique d’un correspondant y sont disponibles. Un module de géolocalisation permet de situer ses correspondants dans un rayon d’action que l’on peut paramétrer.

Des environnements techniques disparates

La diffusion des messageries sécurisées est lente, à l’image de ce que l’on observe pour les systèmes d’information de santé. La plus grande difficulté ? Composer avec des environnements techniques très disparates.

Cela touche le poste du médecin, mais aussi l’actualisation des systèmes d’information des laboratoires de biologie médicale ou les systèmes d’information hospitaliers (SIH). Chaque situation représente un cas particulier. Sa complexité peut s’avérer extrême. La difficulté est amplifiée par la dispersion des solutions existantes aujourd’hui en matière de choix de système d’information pour un acteur donné.

Le marché actuel présente plusieurs freins

Les freins sont de trois ordres :
– le référentiel d’interopérabilité pour les messageries sécurisées n’est pas encore écrit. Les éditeurs sont peu motivés pour se lancer dans un développement qui pourrait s’avérer jetable à court terme. Le modèle économique n’est pas encore stable ;
– la maturité informatique des médecins de ville est très variable. Si plus de 85 % des médecins libéraux sont informatisés, leur équipement a plus de cinq ans dans 75 % des cas et les deux tiers n’ont pas de contrat de maintenance sur leur équipement. Chaque évolution technique peut se traduire par un investissement parfois lourd pour accéder au changement ;
– la confiance dans l’évolution positive des pratiques professionnelles par les technologies de l’information et de la communication s’en ressent. Le système d’information en santé est un système global dont l’évolution doit être pressentie au niveau de chaque acteur.

L’ARDOC accompagne les professionnels de santé

Deux leviers doivent accompagner cette évolution pour tous : l’investissement et l’accompagnement au changement. Si l’investissement dans les systèmes d’information est là pour les établissements, il reste encore à faire dans le secteur libéral.

Le parti pris de l’ARDOC est celui d’un accompagnement du médecin de ville au plus près de son exercice quotidien lorsqu’il a fait le choix d’utiliser une messagerie sécurisée.

L’accompagnement se traduit par plusieurs actions :
– la communication d’un message porteur du changement ;
– une information sous forme de mailing exhaustif a été adressée aux médecins libéraux d’Île-de-France afin de leur faire découvrir les messageries sécurisées ;
– plus de 7 000 d’entre eux ont été contactés téléphoniquement pour une information plus complète ;
– un service de hot-line a été mis en service en janvier 2009. Il répond aux demandes d’information, aux questions techniques diverses et aux difficultés rencontrées suite à une installation ;
– la résolution de problèmes ;
– la mise en œuvre d’un système de déclaration d’incident, via la hot-line, nous permet d’avoir un signalement des difficultés rencontrées ;
– lorsqu’un diagnostic est établi, une action est décidée – 400 fiches incident ont ainsi pu être traitées ;
– le coaching ou le recours à un médecin ayant déjà fait le pas vers une messagerie sécurisée permet de convaincre tout nouveau médecin qui souhaiterait en savoir plus avant de s’équiper.

Une enquête en cours nous indique que 82 % des médecins installés par l’ARDOC sont satisfaits de la prestation et du suivi de leur installation.

L’hôpital et la pièce jointe, priorités 2010

L’axe de travail majeur en 2010 est celui de la communication entre la ville et l’hôpital. Cette communication se met doucement en marche. Certains hôpitaux franciliens sont déjà en capacité d’émettre. Un accompagnement spécifique est là aussi déployé auprès des acteurs.

L’échange nécessite un minimum de préparation... Or, la mise au point des pièces échangées nécessite elle-même un travail supplémentaire. Aujourd’hui, les paramétrages du logiciel de gestion du dossier patient sur le poste informatique du médecin de ville acceptent en effet mal, voire pas du tout, le traitement automatique des données avec une pièce jointe.

Cette difficulté devra être résolue car le traitement automatique des données constitue un gain considérable pour le médecin de ville. C’est l’argument qui le fait basculer dans l’usage de la messagerie sécurisée. Quoi qu’il en soit, les médecins de ville ont fait le premier pas vers le changement pour entrer dans le DMP.

Pierre MARTINEZ, directeur adjoint des études, URML Île-de-France