En Languedoc-Roussillon, le DMP est en pleine révolution culturelle

Régions | 11 juin 2010
La maîtrise d’ouvrage régionale de Languedoc-Roussillon développe le nouveau DMP en s’attachant davantage aux usages, aux pratiques d’échanges et à la gouvernance qu’aux prouesses technologiques. Pour réussir, les enjeux sont plus culturels que techniques.

Expérimentateur dès 2006 du Dossier Médical Personnel, le Languedoc-Roussillon s’est porté candidat en 2008 et en 2009 pour poser les bases régionales d’une généralisation. L’expérimentation de 2006 a prouvé la faisabilité technique du DMP : 1 765 dossiers ont été créés dans un élan généreux et un esprit pionnier, dont la majorité dans des cabinets libéraux.


Une nouvelle expérimentation prometteuse

Mère porteuse du projet en Languedoc-Roussillon, l’AMP-DMP s’est aujourd’hui engagée dans une nouvelle aventure en tenant compte de sept enseignements de l’expérience précédente :
– dégager le médecin de tout travail administratif, afin d’éviter toute perte de temps ;
– générer le dossier dès la naissance d’un épisode de soins significatif comme, par exemple, l’entrée d’un patient dans un établissement ;
– reconstituer en ville « la communauté » médicale du malade : tous les professionnels accèderont au dossier par défaut, sauf ordre contraire du patient ;
– remettre à plus tard l’accès des patients à leur dossier, en accord avec leurs représentants au CISS.
– habituer les professionnels à échanger et à partager de l’information avant tout le reste ;
– se concentrer sur la quintessence de l’information médicale, celle utile au médecin traitant dans le parcours de soins ;
– éviter le « tout-venant » et cibler des patients qui ont des soins fréquents, les malades chroniques pour l’essentiel.

Deux établissements ont essuyé les plâtres de l’expérimentation : le CHU de Nîmes sur le diabète et la clinique Beau Soleil de Montpellier sur les cancers de la prostate. Un millier de dossiers ont été créés à partir de l’admission des patients en hospitalisation ou en soins externes. 1 700 médecins de ville sont répertoriés pour accéder à ces dossiers.

Trois écueils à la la généralisation du DMP

Nos deux expériences régionales ont montré la faisabilité technique du système et la justesse du processus. Mais trois écueils ont freiné la marche vers la généralisation :
– l’impréparation des professionnels : avant de déposer de l’information dans un dossier commun, il faut apprendre à échanger. Ce qui reste un vœu pieux ;
– pour échanger, il faut parler le même langage. Or, les systèmes d’information sont encore une sanglante guerre de religion, chacun bâtissant sa cathédrale avec la certitude de détenir le livre saint ;
– les industriels et les éditeurs de logiciels, tantôt attentifs aux exigences des commanditaires moyennant paiement, tantôt attentistes, ne semblaient espérer que le signe fort d’une résurrection.


Trois obstacles levés en 2009

Le plan de relance présenté le 9 avril 2009 par Roselyne Bachelot-Narquin, ministre de la Santé et des Sports, et la création de l’ASIP Santé nous offrent désormais une visibilité complète. En créant l’ASIP Santé, les pouvoirs publics ont levé plusieurs hypothèques que les expérimentateurs régionaux étaient bien incapables de surmonter, malgré une foi inébranlable dans les vertus de la régionalisation :
– le cadre d’interopérabilité des systèmes a été établi dans les délais ;
– l’identifiant nationale de santé (INS), clé unique de l’échange et du partage de données, est opérationnel ;
– les règles de sécurité et de confidentialité ont été définies et permettent aux acteurs de santé de savoir à quoi s’en tenir en matière d’hébergement des données.

Deux nouvelles priorités : l’environnement technique et la culture d’échange
Le DMP est désormais davantage perçu comme un moyen que comme une fin. Son périmètre s’est élargi, car tous les systèmes sont interdépendants les uns des autres et le dossier médical n’en est qu’une résultante.

Ainsi, la stratégie de la maîtrise d’ouvrage régionale n’est pas de créer des DMP pour créer des DMP, sans tenir compte de l’usage qui en est fait. L’AMP-DMP est certes liée à l’ASIP Santé par un contrat qui repose sur des résultats quantitatifs, en contrepartie d’un financement public : 5 000 DMP et une dizaine d’établissements connectés à la plate-forme régionale. Mais la relance a stimulé le projet du Languedoc-Roussillon dans une double direction. Le rôle majeur de l’AMP-DMP est désormais :
– de préparer l’environnement technique à l’interopérabilité ;
– de faire évoluer les mentalités vers son corollaire, à savoir une culture d’échange des informations médicales.

Deux objectifs clés

Le plan de l’AMP-DMP vise donc deux objectifs :
– préparer le terrain ;
– développer une culture d’échange.

Préparer le terrain par des réunions

La préparation du terrain consiste à rencontrer la totalité des structures sanitaires et médico-sociales, pour planifier ensemble la prise en compte de l’INS et leur évolution vers les standards nationaux. Les établissements de soins ne sont pas les seuls concernés. Les réseaux de santé, les centres de coordination du cancer, les laboratoires de biologie et d’anatomo-pathologie et les centres d’imagerie sont également visés.

Les réunions se déroulent par territoire ou encore par « club éditeur ». L’AMP-DMP prévoit une montée en charge sur cinq ans de l’ensemble des acteurs de soins, au fur et à mesure de ses investigations. Une trentaine de structures devraient être opérationnelles à la fin 2010.

Trois facteurs clés pour converger

    La capacité de ces structures à évoluer vers les référentiels de l’ASIP Santé dépend de trois facteurs :
– le degré d’intégration informatique de l’établissement. Certains en sont au degré zéro ;
– sa ressource financière. Les crédits accordés dans le cadre Hôpital 2012 sont parfois déterminants ;
– son ressort interne. Le CHU de Nîmes a changé son SI de fond en comble en un temps record de quatre mois, par exemple.

Développer par la pédagogie une culture d’échange

    Parallèlement, des réunions territoriales à but pédagogique sont organisées par l’URML avec les médecins de ville. Les territoires sont généralement choisis en fonction de leur dynamique interne : attractivité des établissements qui montent en charge, existence d’un projet de télémédecine, etc.

Susciter l’adhésion

L’adhésion des professionnels de santé dépend de deux facteurs essentiels :
– la capacité des technologies mises en place dans les cabinets à suivre ou précéder les évolutions. La réactivité des éditeurs de logiciels de cabinet à intégrer les standards nationaux est plus ou moins rapide. Les réunions organisées par l’URML, et auxquelles les éditeurs sont conviés, ont pour objectif de stimuler cette réactivité, quitte à faire bouger le marché ;
– l’utilité du dossier médical pour un médecin traitant. À ce niveau, on ne se situe pas sur le seul plan ergonomique. La puissance synthétique de l’information est essentielle. Le conseil national de l’Ordre des médecins est partenaire de l’AMP-DMP pour travailler sur la sécurité des échanges et sur les composantes d’un dossier « socle », quintessence des informations produites par les spécialistes.

Réformer la gouvernance

Le second volet de la résurrection du DMP passe par une modification majeure de la gouvernance régionale du projet. Le plan de relance ministériel incite assez lourdement les maîtrises d’ouvrage régionales à constituer des « espaces numériques régionaux de santé », qui seront « adossés » à terme aux ARS. Ils auront vocation à maintenir les consensus nécessaires entre les acteurs de santé et devront, peut-être aussi, relayer les consignes du sommet.

L’initiative du Languedoc-Roussillon

L’AMP-DMP qui, rappelons-le, est née d’une initiative essentiellement libérale, a pris les devants. Elle a entrepris sa métamorphose en s’ouvrant statutairement à tous les acteurs et en préfigurant l’organisation d’un groupement de coopération sanitaire dont la date de naissance devrait se situer fin 2010 ou début 2011.

Cette formule juridique dont les bases sont encore incertaines, faute de recul, a l’avantage de ménager les susceptibilités des uns et d’apaiser les craintes d’hégémonie hospitalo-centrée des autres. Elle a aussi le mérite de créer un lieu où l’échange entre individus devenus partenaires est possible, et où l’État reste discret. Ce qui sera probablement l’essentiel…
 
Rémy FROMENTIN, directeur projet DMP en Languedoc-Roussillon