Isabelle Adenot : "Après 21 mois d’existence, le Dossier pharmaceutique rencontre son public"

Services | 04 oct. 2010
Point de vue de Isabelle Adenot (Présidente du Conseil national de l’Ordre des pharmaciens)
 
Le 15 décembre 2008, après dix-huit mois d’expérimentation, le Dossier Pharmaceutique (DP), respectueux des droits des personnes et de la confidentialité de leurs données de santé, est déclaré « bon pour le service » par la CNIL et le décret en confirmant les modalités est publié par le Ministère de la Santé. Sa généralisation peut commencer. Tout porteur d’une carte Vitale peut dès lors ouvrir son DP. Pour le pharmacien, c’est l’obligation d’alimenter les dossiers créés en y inscrivant les dispensations qu’il effectue.
Isabelle Adenot Après 21 mois d’existence, où en est on ?

Pour nous, trois points sont essentiels afin de qualifier l’acceptabilité du service :
 
  • Le taux de dossiers créés par âge
  • Le taux de refus de création de dossiers par âge
  • Le taux de dossiers fermés à la demande des patients
Quels résultats obtient le DP sur ces trois indicateurs-clés ?

Les créations enregistrées au 1er juillet 2010 sont les suivantes :

Créations de DP par tranche d’âge

  0 à 19 ans
20 à 39 ans
40 à 59 ans
60 à 74 ans
75 et +
Total
Population totale 15 930 184 16 642 648 17 498 941 5 436 527 5 451 700 63 960 000
Population ayant un DP 1 551 252 1 665 995 2 472 423 1 953 645 1 167 650 8 810 965
Population ayant un DP (%) 10% 10% 14% 23% 21% 14%

22% des 60 ans et plus ont ouvert un DP au 1er juillet 2010. En effet, dès 60 ans, le nombre de risques de santé liés à l’âge augmente (maladies cardiovasculaires ou ostéoarticulaires, troubles sensoriels, …). Les patients diagnostiqués sont suivis régulièrement pour leur(s) pathologie(s) par un ou plusieurs médecins et sont réceptifs aux apports du DP dans le suivi de leur(s) traitement(s).

Le positionnement passe bien auprès de la population puisqu’il se confirme que ce sont les seniors qui souscrivent le plus à l’ouverture de DP alors qu’ils sont également les plus forts consommateurs de médicaments et les plus susceptibles d’être victimes d’iatrogénie (les événements iatrogéniques graves touchent des patients âgés de 61 ans en moyenne).

Aux deux extrémités, on constate que beaucoup de parents ouvrent un DP pour leurs jeunes enfants, à tel point que la tranche d’âge de 0 à 1 an est tout simplement celle où le plus grand nombre de DP a été créé, et que les plus de 75 ans sont aussi fortement demandeurs, malgré une mobilité plus réduite et une moindre propension à adopter de nouvelles technologies.

Le pourcentage de refus de création par âge a quant à lui pu être analysé dès l’expérimentation du DP en 2008. Il s’étale désormais de 19 à 24% par tranche d’âge. Nota : il s’agit du nombre total de refus, c’est-à-dire que les personnes ayant refusé plusieurs fois sont comptabilisées autant de fois qu’elles ont refusé. En décomptant les refus multiples, ce taux est en baisse de 5 à 6 points.

Cette faible variation montre que globalement le Dossier Pharmaceutique est bien accepté par toutes les tranches d’âge de la population, même si les taux de refus enregistrent une légère progression dans les tranches les plus élevées. Une différence qui s’explique de plusieurs façons :
  • Des réticences des patients plus âgés à accepter un dossier alors qu’ils disent venir toujours dans la même officine ;
  • Une proportion moindre à accepter dès la première proposition.
Dernier critère et pas le plus anodin pour évaluer la confiance du public sur la durée : le nombre de dossiers fermés. Sur la France entière, le nombre de ces fermetures est stable en proportion du nombre de dossiers créés chaque mois, soit de l’ordre de 1 pour 500.

Les patients, qui peuvent à tout moment faire clore leur DP dans n’importe quelle officine raccordée et sans avoir à se justifier, restent très peu nombreux à utiliser cette possibilité. Pour ceux qui le font, c’est majoritairement dans le mois suivant la création de leur DP.

Ces premiers résultats sont encourageants et montrent une chose :
Une innovation en santé qui est utile, adaptée aux pratiques professionnelles et sûre 
peut rapidement rencontrer son public.

Lors d’une prochaine tribune libre, nous pourrons aborder les moyens mis en œuvre pour faciliter l’appropriation…