Les enjeux du projet LERUDI

Services | 31 août 2010
En médecine, et particulièrement dans les situations d’urgence, la qualité et la rapidité du diagnostic conditionnent parfois la survie du patient : c’est la raison pour laquelle la quête d’information en contexte fait l’objet de travaux de recherche qui se justifient pleinement. Le projet LERUDI (LEcture Rapide en Urgence du Dossier Informatisé du patient) répond à ces enjeux capitaux.
 

Trois médecins en train de se concerterLe DMP : attentes des médecins urgentistes

« La consultation du DMP par le médecin régulateur du SAMU Centre 15 et, plus généralement par une structure de médecine d’urgence est une perspective prometteuse. La prise en charge du patient, en urgence comme en pratique non urgente, est plus sûre, plus efficace et plus efficiente lorsqu’on a une connaissance documentée de son histoire médicale. L’interrogatoire médical du patient permet au médecin de commencer à comprendre la situation et à établir la relation de confiance. C’est un temps capital. Mais chacun sait que les informations ainsi recueillies, sont imprécises et incomplètes sur les antécédents…… Le DMP va, peu à peu, devenir une réalité visible et s’imposer comme le mode universel d’accès aux données médicales partagées des patients. » 1

« …Schématiquement, le temps que l’urgentiste peut consacrer à la recherche d’informations dans le DMP doit tenir dans les limites suivantes : une minute pour le médecin régulateur ayant à déterminer la réponse immédiate à un appel, quinze minutes pour les autres situations d’urgence….Dans cette logique, il est nécessaire de disposer d’un outil informatique d’aide à la lecture du DMP. »1
On ne peut être plus explicite. Les médecins urgentistes sont convaincus de l’intérêt du DMP et seront des utilisateurs. Mais d’emblée, ils posent leur niveau d’exigence : la contrainte de temps.
 

Comment gérer la contrainte de temps au service de la qualité des soins 

Le médecin urgentiste doit pouvoir accéder rapidement aux informations pertinentes contenues dans le dossier médical du patient, en fonction du contexte de prise en charge. Dans le cadre du projet LERUDI, la mise au point d’un prototype de moteur de fouille de texte est donc porteuse d’enjeux forts :
 

Améliorer la qualité des soins, c’est gagner du temps et  sécuriser le diagnostic

Le diagnostic du médecin urgentiste, quelle que soit la situation d’urgence, repose sur les données du contexte (circonstances, motifs…) et les symptômes présentés par le patient. Il a également à sa disposition certaines informations concernant l’histoire médicale du patient, mais le récit qu’en fait le patient est rarement précis, le plus souvent incomplet, voire inexistant chez les parents en état de choc ou inconscients.
Quand il en a la possibilité, on estime qu’un urgentiste en SAU 2 consulte le dossier hospitalier du patient pour environ 30 à 40% des patients à traiter aux urgences alors qu’il lui serait utile dans 60 à 70% des cas 3. Les raisons de cet écart sont l’absence de dossier hospitalier pour ce patient ou l’absence de temps pour la prise de connaissance du dossier existant, que celui-ci soit un dossier papier (le temps manque pour le « récupérer ») ou un dossier informatisé (le temps pour le consulter dans le SIH est jugé trop long). Dans les SAMU Centres 15 ou SMUR, même quand le patient dispose d’un dossier dans le SIH, l’urgentiste n’a pas le temps de chercher le dossier et de le consulter. Finalement, la recherche documentaire (accès aux CR, lettres de sorties…) est une des causes principales de « temps perdu » dans les SAU 4.
L’accès au dossier du patient, par la connaissance d’informations utiles, voire déterminantes, oubliées ou cachées par le patient, permettrait de fiabiliser le diagnostic de l’urgentiste et ce, quel que soit l’état du patient. Il permettrait également d’optimiser les moyens d’accueil, de tris de traitement et d’orientation des patients dans l’hôpital.
 

Utiliser des outils d’analyse sémantique fiables, c’est potentialiser la valeur ajoutée du DMP

Les SAU en établissements de santé sont les services qui accueillent la plus forte proportion de patients « de ville », ne disposant pas de dossier médical dans l’établissement. C’est encore plus vrai dans les zones à forte concentration urbaine où les établissements sont multiples (Ile de France…) et aucun d’eux ne peut prétendre être un centre de bassin de vie et drainer la totalité des patients hospitalisés de son périmètre.
Le DMP, outil de la coordination des soins sera donc particulièrement utile dans ces services. Il sera souvent à l’arrivée du patient, le seul dossier médical disponible et fiable.
À travers l’application et la mise au point de techniques d’analyse sémantique de textes et de données médicales, le projet LERUDI doit permettre de mettre en valeur le contenu du DMP en particulier dans le cas où le DMP sera très fourni en documents médicaux, alors que le temps disponible pour sa consultation restera compté.
À terme, il est en effet probable que le volume d’informations contenues dans le DMP devienne un frein à son usage, si la consultation n’est pas facilitée par de l’organisation, de la structuration et aussi par des outils permettant de présenter les informations pertinentes du dossier du patient dans une situation donnée.
L’approche sémantique, appliquée aux urgences dans le cadre de ce projet sera transposable à d’autres spécialités médicales et favorisera ainsi le développement de l’usage du DMP.
 

Développer des systèmes d’information performants, c’est améliorer la qualité des soins

L’ASIP Santé a pour mission d’organiser les systèmes d’information en santé avec un objectif d’amélioration de la qualité et de la coordination des soins. Elle produit des référentiels contraignants et structurants tels que l’identifiant national de santé, ou le cadre d’interopérabilité.
L’ASIP développe pour, à terme, les généraliser, des modèles de comptes rendus structurés normés avec les sociétés savantes et les représentants des professionnels de santé. Cette structuration des données permettra leur traitement informatique et, par conséquent, les recueils « anonymisés » à des fins épidémiologiques. La trajectoire sera longue jusqu’à la cible.
Le projet LERUDI (LEcture Rapide en Urgence du Dossier Informatisé du patient) et l’ensemble des concepts qu’il embarque (ontologie médicale, règles d’indexation de documents médicaux, définition d’une interface homme machine - IHM - permettant la prise en compte immédiate d’un dossier médical et des accès ciblés à l’information recherchée) ouvrent des perspectives de développement d’outils qui aideront le médecin à structurer ces données.
Le projet LERUDI, appliquant des méthodes de recherche et développement, propose une nouvelle approche d’évaluation d’un système d’information dédié à l‘amélioration de la qualité des soins. Sans doute des enseignements pour les projets futurs de systèmes d’information de santé (SIS).
Enfin, si les résultats sont à la hauteur de l’attente, le projet LERUDI devrait avoir des conséquences positives sur l’évolution et la valorisation des SIS, que les industriels pourraient utiliser sans prise de risque.
 L’objectif général du projet LERUDI est la mise au point et l’évaluation d’un prototype de moteur de fouille de texte, capable d’extraire en quelques secondes, des informations utiles voire déterminantes, pour le médecin urgentiste, à partir de dossier médicaux électroniques.


1 Marc Giroud – Président de Samu Urgence de France - Communication au congrès Urgences 2009.
2 SAU : Service d’Accueil des Urgences
3 Enquête ASIP lors de la préparation du projet Urgences
4 Mission d’expertise et d’audit hospitalier 2004 : CTN n°6 du 09/06/04 : Résumé des données SAU-Etude « temps perdu »