Pierre Simon : "Comment développer la télémédecine ? Où ?"

Télémédecine | 17 sept. 2010
Point de vue du Docteur Pierre SIMON, Président de l’Association Nationale de Télémédecine.
 
La télémédecine est un acte médical à distance qui permet aux patients d’améliorer leur parcours de soins et aux professionnels de santé l’organisation des soins. La télémédecine contribue au changement de paradigme de notre système de santé rendu nécessaire pour répondre à la demande de soins liée aux maladies chroniques dont la prévalence progresse avec l’allongement de la durée de vie.
 
Pierre SimonLe parcours de soins des patients atteints de maladies chroniques peut être mieux coordonné avec la télémédecine. La continuité des soins, à distinguer de  la permanence des soins, est devenue un sujet sociétal majeur car le vieillissement de la population, avec son cortège de maladies chroniques, nécessite une surveillance régulière des patients âgés au domicile ou sur le lieu de vie (maisons de retraite, EHPAD). Toute rupture dans la continuité des soins entraîne un afflux de ces patients à l’hôpital. La télémédecine peut aider à mieux assurer la continuité des soins.

Chaque maladie chronique possède un ou deux indicateurs pertinents, validés par les sociétés savantes ou la HAS, dont la surveillance régulière permet de prévenir les complications responsables d’hospitalisations. La qualité de vie et la sécurité des patients âgés ne peuvent qu’en être améliorées. La télésurveillance médicale régulière de ces indicateurs par les centres de premier recours, où les professionnels de santé médicaux et non médicaux collaborent, est une nouvelle organisation des soins.

Les futures maisons de santé pluri professionnelles (MSP) seront équipées en télémédecine. La télésurveillance médicale par les centres de premiers recours ne fonctionnera que si les médecins traitants ont un accès facile et régulier au second recours spécialisé, qu’il soit libéral ou hospitalier. La possibilité donnée au médecin traitant d’exercer la médecine de façon collaborative, en ayant accès à des téléconsultations et des télé-expertises régulières et faciles avec les médecins spécialistes, ne peut que servir l’intérêt de la médecine de premiers recours et attirer les nouvelles générations de médecins. Un parcours de soins coordonné et performant est désormais possible grâce aux nouvelles organisations et pratiques professionnelles permises par la télémédecine.
 
L’offre de soins hospitalière doit être restructurée en France. La gradation des soins entre les établissements de santé d’une région ou d’un territoire de santé peut être facilitée par la télémédecine. Le second recours de la médecine hospitalière est de plus en plus centralisé dans les gros établissements possédant des plateaux techniques lourds. Les médecins exerçant dans les établissements de proximité qui exercent la médecine hospitalière de premier recours, doivent avoir un accès facile et régulier aux spécialistes situés dans les CHU ou les gros établissements non universitaires. Ces établissements seront régulièrement  sollicités et devront revoir leurs organisations médicales, en assurant notamment des permanences de téléconsultations et de télé-expertises pour les établissements de premier recours.

A une période de baisse de la démographie médicale, le temps médical doit être le plus efficient possible. Les consultations spécialisées avancées, développées dans les années 90, peuvent  aujourd’hui être remplacées par des téléconsultations et des télé-expertises. Les structures d’urgences des établissements de santé peuvent bénéficier de ces nouvelles organisations, car les médecins urgentistes, médecins du premier recours hospitalier, ont souvent besoin de recueillir des avis spécialisés. C’est le cas par exemple de l’accident vasculaire cérébral ischémique pour lequel le patient  a immédiatement besoin d’une téléconsultation neurologique et/ou d’une télé-expertise neuroradiologique pour bénéficier d’un traitement thrombolytique dans les 4h30 qui suivent le début de l’accident neurologique.

La télé-expertise facile et régulière entre les médecins urgentistes d’un établissement de proximité et les spécialistes d’un établissement de recours permet d’éviter les transferts inutiles et de prévenir certaines pertes de chance si le transfert n’est pas envisagé. La téléradiologie clinique, à distinguer du simple télédiagnostic d’image, fait partie des télé-expertises dont ont besoin les médecins urgentistes pour mieux cibler les indications d’imagerie médicale.
 
Certaines régions de métropole, désertifiées par les professionnels de santé, ainsi que certaines régions ultra-marines, sont mûres pour mettre en place la télémédecine car il n’y a pas d’autres alternatives. De même, les établissements pénitentiaires peuvent améliorer la prise en charge sanitaire des détenus. Il revient aux ARS, dans le projet régional de santé, d’identifier les besoins en télémédecine de leur région. Il est préférable d’aborder le développement de la télémédecine en travaillant sur de nouvelles organisations de soins là où l’insuffisance est identifiée, plutôt que de développer des applications par spécialité ou par pathologie.

Point de vue du Docteur Pierre SIMON, Président de l’Association Nationale de Télémédecine.