Focus sur le projet « Diraya », le système de santé électronique de l’Andalousie

Le mag numéro 3 | 19 juin 2012
Diraya, pour « connaissance » en arabe, est le service informatique utilisé par le système de soins de la région d’Andalousie, dans le sud de l’Espagne. Il rend disponible toute l’information de santé de chaque usager à l’endroit et au moment nécessaire pour le soigner, et offre des services qui améliorent la vie quotidienne comme la prescription électronique ou la prise de rendez-vous par internet. Focus sur ce projet unique en Europe.

Diraya, qu’est-ce que c’est ? 


Diraya est l’outil informatique utilisé depuis 2000 par le système public de santé de la communauté autonome d’Andalousie (8 millions d’habitants). Organisé autour d’un dossier patient informatisé et partagé, accessible par presque tous les professionnels de santé de la région, il rend toutes sortes de  services pratiques aux patients, tout en permettant de mieux gérer les dépenses de santé de cette zone durement touchée par le chômage. Lancé en 2000, le système est aujourd’hui utilisé par près de 1.500 centres de santé, 29 centres hospitaliers et 102 000 professionnels de santé (94%). 

 

Comment ça marche ? 


La colonne vertébrale du système Diraya est le dossier de santé électronique nommé « historia de salud » (« histoire de santé »), qui répertorie les données administratives et de santé du patient : situation familiale, séjours en établissements, problèmes de santé, traitements suivis, analyses réalisées, mais aussi antécédents médicaux, allergies… 
Ces dossiers très complets permettent en outre de récolter des données épidémiologiques, sur le taux de diabétiques ou la propagation d’un virus par exemple, à une échelle impossible à atteindre auparavant. Rappelons en effet que 94% de la population andalouse est couverte par le système. Ces données permettent, par la suite, d’identifier, de répondre plus rapidement et finalement de freiner  la propagation des épidémies. 

 

Les multiples services quotidiens rendus par le système 


Sur cette colonne vertébrale viennent se greffer toute une série d’applications qui facilitent la vie des patients comme des professionnels de santé. Parmi la dizaine de services qu’offre le système, trois sont particulièrement remarquables :
 
« Recetta XXI » (« ordonnance XXI »), est un service « d’e-prescription » qui permet d’établir des ordonnances informatiques transmises directement du médecin à la pharmacie via une plateforme d’échange qui sert aussi pour le suivi du traitement. En clair, le patient n’a qu’à se rendre à la pharmacie muni de sa carte de santé électronique, grâce à laquelle le pharmacien va pouvoir accéder aux ordonnances en cours et fournir les médicaments. Les avantages sont multiples : les médecins peuvent en effet prescrire des médicaments pour l’année (au maximum), facilitant la vie des malades chroniques qui n’ont pas à continuellement prendre des rendez-vous pour renouveler leurs ordonnances. Le suivi informatique en temps réel garantit au pharmacien que le médicament n’a pas été délivré plusieurs fois, ou à l’inverse,  qu’il a n’a pas été oublié, assurant un meilleur suivi du patient, tout en prévenant les risques de mauvaise prise des traitements. 
 
Le module « Citación » (« citation »), permet aux patients de prendre rendez-vous avec un médecin directement par internet. Cette prise de rendez-vous peut-être réalisée par le patient lui-même ou depuis l’hôpital ou l’établissement de santé dans lequel il a été admis. Dans ce dernier cas de figure, les consultations de suivi recommandées par l’établissement pourront être planifiées à sa sortie, directement par le personnel d’admission. Outre le confort pratique qu’il apporte au patient, ce service permet de fluidifier l’accès aux divers centres de soins en évitant les mauvaises orientations. 
 
InterS@S, est un bureau virtuel du système de santé publique sur internet : créé en 2002, il s’intègre au système Diraya pour permettre aux usagers d’intervenir directement dans leur parcours de soins. A travers un accès sur le web, les patients peuvent effectuer des opérations de gestion comme changer de médecin traitant ou solliciter un second avis médical. Surtout, un service lancé en 2006 permet de planifier des pré-consultations à distance par internet. 
 
 

Diraya en quelques chiffres

 
  • En 2010, plus de 700 centres utilisaient l'ordonnance électronique, couvrant 93,5 % de la population. Plus de 140 millions d’ordonnances avaient été produites à cette date.
  • De janvier à septembre 2011, 18 millions de rendez-vous ont été pris par un moyen télématique (Téléphone, Internet, SMS) avec des médecins généralistes  (40,5 %).
  • En novembre 2011, 1 149  centres de soins utilisent le dossier médical de Diraya. 
 

Des résultats mesurés


Une évaluation des bénéfices socio-économiques de ce système a été réalisée en 2008 par le projet 
L’étude pointe comme bénéfices les plus significatifs une réduction de plus de 15% des visites chez le médecin généraliste, générant des réductions de coûts et de temps de transport pour les patients, une économie de 253,3 millions d’euros grâce à la prescription de médicaments génériques facilitée par le système d’ordonnance électronique, et une réduction conséquente des erreurs de prescription.  
 
La réussite du programme Diraya dans une région économiquement affaiblie est une preuve que la  e-santé peut aider à préserver un système de santé publique efficace à moindre coût. Etudié de près par tous les pays d’Europe, il sert de modèle au développement de la e-santé au service de tous.