Christian BADINIER, Directeur du GCS Télésanté Lorraine : "T-Lor permet d’améliorer la qualité de la prise en charge du patient"

Lorraine | 13 févr. 2013

Le 1er décembre dernier, le GCS Télésanté Lorraine a annoncé que le 10 000ème acte de télémédecine avait été réalisé via le dispositif T-LOR. L’occasion de revenir sur les travaux de cet acteur incontournable de la e-santé avec son directeur, Christian BADINIER.

Quel a été le rôle du GCS Télésanté Lorraine dans la réussite du projet T-Lor ?


Tout d’abord d'avoir mis en place l’outil ! Il a fallu qu’on le finance, car en règle générale, les services que nous offrons à nos adhérents sont gratuits. On va chercher les financements pour l’ensemble des équipements, et c’est le fait d’avoir déployé d’emblée T-Lor sur l’ensemble des établissements lorrains qui a permis d’avoir ce résultat des 10 000 téléconsultations. On a commencé petit à petit, d’abord avec des expérimentations, et aujourd’hui on utilise le service principalement pour les astreintes radiologiques et les astreintes à domicile : cela évite au professionnel de santé de garde de se déplacer. On l’utilise également en Téléexpertise et en Réunion de Concertation Pluridisciplinaire (RCP), dans le cadre de la prise en charge des malades du cancer associée à notre service de web conférence.

Il a fallu ensuite faire un important travail de communication (réunions, rendez-vous individuels) pour être connu dans les établissements de santé de la région, au-delà des directeurs d’établissements, par les médecins eux-mêmes, afin de les faire adhérer au projet. On s’appuie également sur les services communication des établissements de santé pour relayer l’information.

A quand remonte le projet T-Lor ?


Le service neurologique du CHU de Nancy avait imaginé ce projet dès 2006. A sa création en 2007, le GCS Télésanté Lorraine a repris le pilotage du projet. On a initié des concertations et des groupes de travail en 2008, pour un lancement en phase de test en 2009, donc c’est un outil assez ancien déjà.

10 000 actes en 3 ans c’est tout de même une belle réussite…


Oui mais on pourrait faire beaucoup plus si un plus grand nombre de médecins s’étaient approprié ce service (conduite du changement) ! D’ailleurs, il faut que nous imaginions une nouvelle version de ce service, en liaison avec le projet régional d’entrepôt d’images radiologiques numériques, Médiale, pour accroître la collaboration entre professionnels de santé (radiologues, cliniciens, manipulateurs); cela permettra de dépasser largement les 10 000 actes par an !

Qu’est-ce que T-Lor change dans la pratique des médecins et dans la vie quotidienne des patients lorrains ?


Le principal avantage c’est qu’on améliore la qualité des interprétations. Je m’explique : la qualité concerne d’une part le délai de réponse à une demande de consultation, et d’autre part la remise du compte-rendu très rapidement au clinicien. Ce sont les gros avantages. T-Lor apporte une équité dans la prise en charge des patients par une mutualisation des interprétations sur l’ensemble du territoire lorrain. Dans la mesure où aujourd’hui toute la Lorraine est maillée par le système, n’importe quelle radio peut être interprétée depuis n’importe où. Deuxième avantage pour le patient : le compte-rendu de radiologie est transmis plus vite au médecin qui en fait la demande, et le patient est traité plus rapidement. La durée moyenne aux urgences, par exemple, baisse, surtout la nuit, car on ne fait plus se déplacer le radiologue d’astreinte en cas de besoin (gain sur les temps de déplacement du praticien).

Quelles sont les grandes échéances du GCS Télésanté Lorraine pour 2013 ?


Il y en a beaucoup ! Mais le grand projet lorrain pour 2013 est assurément Médiale, l’entrepôt régional pour l’échange et le partage d’imagerie médicale. Pour résumer, on considère aujourd’hui que l’image n’est pas la propriété de l’établissement mais la propriété du patient. Quand un patient circule d’un établissement à l’autre, il faut que ses images le suivent aussi de manière à éviter les redondances d’examens, qui multiplient par ailleurs les risques d’irradiation. Ce service sera précieux pour les maladies chroniques permettant de suivre l’évolution de la pathologie ; la prise en charge du patient en sera améliorée.

Le projet implique tous les établissements de santé lorrains, y compris les cabinets de radiologie privés. Cela représente tout de même près de 2 000 000 de radios par an sur l’ensemble de la Lorraine.

Le deuxième gros projet pour la Lorraine en 2013 est la mise en place d’une plateforme de service dédiée au médico-social. Elle permettra d’améliorer la transversalité d’informations entre établissements sanitaires et médico-sociaux pour un meilleur suivi du patient. Cette plateforme respecte les référentiels du Dossier Médical Personnel (DMP) afin de pouvoir s’interconnecter avec lui, l’alimenter en documents, et l’utiliser en base de référence.

Enfin, les autres projets importants que le GCS développera en 2013 sont Odys, un outil de téléconsultation (lire aussi notre article), Imad, système qui aide à l’orientation des patients, qui sera déployé sur d’autres filières comme les  Etablissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD), les Hospitalisations à Domicile (HAD) et les Services de soins infirmiers à domicile (SSIAD), et le Répertoire Opérationnel des Ressources (ROR) pour lesquels les travaux ont déjà commencé. Cet outil a été développé par le GCS D-SISIF (Ile de France) qui nous a transmis les sources gratuitement et avec lequel nous partageons la Tierce Maintenance Applicative. Sur ce projet, d’autres régions viennent nous rejoindre. Je tiens à signaler cette mutualisation interrégionale qui va dans le sens d’une interopérabilité et d’un partenariat constructif.


Voir également la vidéo "T-Lor : la téléimagerie en Lorraine" dans le Mag N°6 !





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