Docteur François Baudier : nous croyons en la e-santé!

Franche-Comté | 27 juin 2013
Pour la 10e édition de l’Université d’été francophone en santé publique, un tout nouveau module, animé par de nombreux intervenants québécois et français dont l’ASIP Santé, est au programme: "Nouvelles technologies de l'information et de la communication (TIC) au service de la santé pour tous". Le Dr François Baudier, Directeur de la stratégie et du pilotage à l'ARS de Franche-Comté, Responsable de l'Université d'été francophone en santé publique de Besançon, revient pour nous sur les raisons qui motivent l’ajout de ce thème.


Pouvez-vous nous présenter brièvement l’Université d’été francophone en santé publique et nous expliquer pourquoi ce nouveau module sur les TIC en santé y trouve sa place ?

L’Université d'été francophone en santé publique est organisée depuis maintenant 10 ans à Besançon. Elle réunit pendant une semaine environ 250 personnes, toutes impliquées à des titres divers dans la santé publique : professionnels de la santé, du champ social ou éducatif, universitaires, animateurs du monde associatif, chercheurs… mais aussi élus, citoyens, patients. Cette diversité est une vraie richesse mais nécessite une pédagogie très participative en lien avec le concept qui nous réunit : la promotion de la santé et la Charte d'Ottawa. Dans cette perspective, plusieurs composantes clefs sont à souligner.
D'une part, la dimension intersectorielle de la santé publique : la santé n'est pas la seule affaire de la médecine, c'est aussi une question de logement, d'environnement ou d'éducation. Et d'autre part, l'importance de la démocratie participative, pour que chacun d'entre nous soit acteur de sa propre santé, avec une vision collective des enjeux.
Vaste programme, au sein duquel va s'insérer "naturellement" ce nouveau module sur les TIC ! En effet, son objet est double : familiariser les "gens" de la santé publique à ces approches prometteuses et donner l'occasion aux personnes maitrisant ces nouvelles technologies de les mettre plus directement au service d'approches intersectorielles et participatives. L'implication d'un responsable de ces questions au Ministère de la santé du Québec est aussi une vraie richesse.


Cela répond-il à un besoin exprimé par les participants des précédentes éditions ? Percevez-vous un intérêt croissant pour la thématique des nouvelles technologies en santé ?

Je dirais que cet intérêt est pour le moins ambivalent. Nous avions organisé il y a deux ans une controverse sur les TIC, la domotique et les personnes âgées. Beaucoup des participants à cet atelier avaient des aprioris plutôt négatifs vis-à-vis de ces nouvelles approches. Notamment, ils pensaient qu'elles allaient déshumaniser les relations interpersonnelles, appauvrir l'environnement de sujets déjà isolés, renforcer leur dépendance à des technologies qu'ils maitrisaient mal… Or, on sait aujourd'hui que les TIC facilitent le maintien à domicile de personnes à risque de dépendance et élargissent les liens avec des tierces personnes, qu'elles soient de la famille ou d'autres aidants. J'ai la conviction que la e-santé permettra de lutter plus efficacement contre les inégalités de santé, notamment géographiques.
Enfin, la communication sociale et l'éducation pour la santé sont des composantes importantes de la santé publique. Utiliser les nouvelles formes de communication de façon maitrisée est une dimension trop souvent négligée. Il y a quelques années, notre conférence d'ouverture portait sur les nouveaux réseaux sociaux chez les jeunes. A cette occasion, nous avons eu le sentiment que beaucoup d'adultes avaient une vision caricaturale de cet univers. D'abord, ils le connaissaient mal, ensuite ils le maitrisaient de façon approximative.
C'était donc pour eux une source de peur et d'incertitude. Pourtant, les TIC sont un élément essentiel de connaissance et de reconnaissance de l'autre. Les stigmatiser à outrance, c'est prendre le risque de se couper de ses utilisateurs, notamment les jeunes.


L’ARS Franche Comté soutient plusieurs projets de e-santé, pourriez-vous nous citer quelques exemples ?

Dans notre Agence nous croyons en la e-santé ! Nous y croyons non seulement parce que nous avons l'obligation d'avoir un programme de télémédecine dans notre Projet régional de santé mais surtout parce que nous avons la conviction que les TIC, lorsqu'elles sont utilisées au sein d'un vrai projet de santé, sont sources de qualité, d'équité et de sécurité. Au-delà des mots, nous avons le souci de rendre rapidement opérationnelles ces solutions prometteuses.
En effet, nous souhaitons que les réponses apportées soient au service de toute la population, quel que soit son lieu de vie : à Besançon ou dans les autres secteurs urbains, mais aussi dans les zones montagneuses comme le Haut-Jura ou dans des secteurs plus isolés et ruraux comme la Haute-Saône.
Trois exemples d'organisations s'appuyant sur la e-santé et au service de tous les Franc-Comtois : Les accidents vasculaires cérébraux : quel que soit son lieu de survenue, la prise en charge se fait suivant le même protocole, grâce à la télémédecine. Il en est de même pour le programme BPC (Bonne pratique en chimiothérapie), quel que soit votre lieu de résidence, vous bénéficierez des soins les plus adaptés et répondant aux recommandations de bonnes pratiques actuelles. Enfin, dans le cadre de la régulation et de la permanence des soins régionale, le médecin régulateur aura la possibilité, s'il le juge pertinent, de télétransmettre une ordonnance au pharmacien de garde le plus proche de votre domicile. Voilà, trois exemples, où la technologie nous permet d'apporter des services de qualité au plus près de la population. Il est donc possible de résumer nos enjeux pour demain de la manière suivante. D'abord faire œuvre de pédagogie pour convaincre un nombre de plus en plus important de professionnels de santé d'utiliser ces nouvelles technologies. Ensuite, s'appuyer sur un modèle économique qui actuellement nous fait cruellement défaut pour aller au-delà des simples expérimentations.


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