Dr Danièle BOURLOT : « Des outils novateurs et utiles à notre pratique »

Limousin | 08 août 2013
Le Docteur Danièle Bourlot, présidente de la commission médicale d’établissement du centre hospitalier Esquirol de Limoges et médecin psychiatre, revient pour nous sur les apports que représentent la e-santé et le DMP dans sa pratique quotidienne. 

Quel a été l’apport de la e-santé dans votre pratique ?


En psychiatrie, nous sommes nombreux à intervenir dans la prise en charge du patient, qu’il s’agisse de médecins, d’infirmiers, de psychologues, d’ergothérapeutes ou encore d’art-thérapeutes.

Le support informatique nous a permis de disposer d’un véritable dossier patient et non d’un dossier que chaque professionnel conserve dans son coin. Il est facile à consulter, les informations sont classées et, avantage non négligeable, beaucoup plus faciles à lire que des compte-rendus manuscrits. Par ailleurs il nous permet de disposer des informations en temps réel et de sécuriser la prescription médicamenteuse en évitant les redondances et les erreurs.

C’est un véritable « plus » même si cela a un peu modifié notre pratique. Il nous a appris à reformuler nos observations, par exemple. Depuis la loi de 2002 sur le droit des patients, nous savons que le dossier appartient au patient et non au professionnel de santé. Cela nous incite à réaliser des observations cliniques pertinentes, professionnelles et respectueuses des droits des patients.


Quel est aujourd’hui l’usage de la visio-conférence au sein du centre hospitalier ?


Au niveau du dialogue entre experts et professionnels, nous l’utilisons surtout avec les éducateurs ou les soignants d’établissements médico-sociaux accueillant des enfants et des adolescents ou encore des personnes âgées. Après, au niveau des consultations, cela reste encore limité à certains cas très particuliers car en psychiatrie il n’est pas possible de faire l’économie d’une relation en face à face et donc d’une consultation classique. Pour certains patients, une consultation en « visio » pourrait susciter des troubles ou les augmenter. La « visio » peut aussi accentuer un délire de persécution avec la présence de caméras et de micros, il faut donc rester très prudent.
En revanche, dans le cadre de la loi sur les soins psychiatriques du 5 juillet 2011, la visioconférence est très employée avec la justice pour éviter à nos patients d’avoir à comparaître devant le tribunal. Depuis 2012, 450 patients ont été vus en audience « visio » par le juge des libertés, soit 70 % des patients concernés.
Enfin, l’un des usages que nous comptons développer, notamment au niveau régional, est la téléexpertise. Là les difficultés sont plutôt pratiques car il est difficile pour les professionnels concernés de se trouver au bon endroit au bon moment. La psychiatrie induit des activités assez morcelées et l’urgence est monnaie courante. Il n’est donc pas toujours simple d’être présent à l’heure dite pour apporter son expertise par visioconférence.



Le centre hospitalier Esquirol vient de mettre en place un système de rappel de rendez-vous par SMS. Qu’en pensez-vous ?


Il est clair que certains patients vont être ravis, surtout les plus jeunes, très habitués aux moyens de communication actuels. Je proposerai donc cette possibilité à mes patients, sachant que tous n’accepteront pas. Globalement, c’est une innovation positive car nous sommes assez fréquemment confrontés à des rendez-vous manqués. Cependant, il ne faut pas que cela soit vécu de façon intrusive.


Développer l’usage du DMP

Pour les praticiens du centre hospitalier Esquirol, le DMP a suscité un certain nombre d’interrogations éthiques. La psychiatrie induit en effet le recueil d’un certain nombre de données non médicales mais touchant à la sphère du personnel et de l’intime qui n’ont pas nécessairement à être accessibles à tous. Dans un premier temps, il a donc été alimenté essentiellement par des ordonnances. Aujourd’hui, l’enjeu est d’en développer l’usage. « Cela nous faciliterait la tâche et éviterait bien des courriers », souligne Danièle Bourlot. « Ce que nous avons développé au sein du centre hospitalier, avec le dossier patient informatisé, pourrait être très utile vis-à-vis de l’extérieur au travers du DMP. Les infirmiers libéraux ou les médecins généralistes ont en effet besoin d’un certain nombre d’informations pour prendre en charge les patients. Nous attendons donc avec intérêt de savoir comment le DMP va évoluer ».
 

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