Le GCS e-santé Picardie résolument tourné vers le déploiement de la télémédecine

Picardie | 12 juin 2013
La Picardie innove en télémédecine en s’appuyant sur le GCS (Groupement de coopération sanitaire) e-santé Picardie qui s’attache à répondre aux nombreux besoins exprimés par les acteurs de santé et fédérant ainsi les solutions au niveau régional. Explications avec Eric Guyader (photo), administrateur du GCS.


Comment se positionne le GCS e-santé Picardie dans l’univers de la e-santé ?


La Picardie est une région particulièrement propice au développement de la e-santé car elle se classe bonne dernière en termes de démographie médicale. Favoriser l’accès aux soins à la population, isolée dans certains territoires, en optimisant les ressources sanitaires par de nouvelles organisations, notamment en télémédecine, est un enjeu prioritaire qui doit contribuer à rendre possible l’accès aux soins à moins de 30 minutes du domicile. À ce jour, près de 1 000 patients sont pris en charge par télémédecine mensuellement.
Le parcours de soins du patient est central dans les actions menées par le GCS, ainsi le DMP (Dossier Médical Personnel), autre projet mené prioritairement depuis 2006 en Picardie, représente un point de convergence des informations médicales permettant de faciliter le suivi de ce parcours et aide à la coordination entre professionnels de santé. En 2013, la Picardie compte 34 établissements et 1 150 professionnels de santé impliqués dans le DMP avec près de 70 000 patients possédant un DMP.



Pouvez-vous nous décrire l’une des réalisations phares du GCS e-santé Picardie en matière de télémédecine ?


Nous avons ouvert la plateforme de télémédecine COMEDI-e (COopération MEDicale Innovante en e-santé) en décembre 2011. Elle propose un service unique régional de télémédecine aux établissements sanitaires et médico-sociaux ainsi qu’aux professionnels de santé libéraux. Cet outil, pensé après une étude de faisabilité menée en amont sur 18 mois, permet de mutualiser les moyens et de renforcer la cohérence régionale en matière de télémédecine. En effet, cette plateforme s’adapte facilement à l’ensemble des spécialités médicales et permet de répondre fonctionnellement en quelques semaines aux demandes exprimées par les acteurs de santé. Selon les besoins, les fonctionnalités (visioconférence, télédossier, outils biomédicaux) se déclinent soit dans une salle de télémédecine totalement dédiée, dans un établissement sanitaire par exemple, soit grâce à un chariot de télémédecine mobilisable au lit du patient, comme aux urgences ou en Ehpad (Établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes), ou encore au domicile grâce à une tablette glissée dans la sacoche du professionnel de santé. Elle est utilisée à ce jour en radiologie, en neurologie (AVC), en dermatologie (suivi des plaies complexes au domicile), en consultations de médecine générale et même de chirurgie pré- ou postopératoire.
De nombreux projets en cours

Une trentaine de projets sont en cours au GCS e-santé Picardie. En décembre 2011,  la première téléconsultation entre un patient du CH (centre hospitalier) de Chaumont-en-Vexin et un chirurgien du CH de Beauvais a eu lieu dans le bassin de vie de la CH2O. Depuis, de nombreux établissements sont entré dans la boucle: le CH de Crèvecœur-le-Grand ou le CH de Clermont ou encore l’institut médical de Breteuil (SSR). 
Outre la téléradiologie développée en mode programmé et en permanence de soins (projet pilote retenu par la DGOS), les téléconsultations de médecine générale ou de spécialité en mode programmé ou en PDS (permanence des soins), ou encore le suivi des plaies complexes à domicile, la plateforme permet de mener des réunions de concertation pluridisciplinaires (RCP) en cancérologie grâce à la visioconférence sécurisée. 
Une téléconsultation de psychiatrie verra bientôt jour dans le cadre de la prise en charge en télémédecine de détenus. La mise en place de la télésurveillance du patient diabétique sur son lieu de vie est aussi un projet en cours de développement sur 2013. À noter que la région Picardie collabore également avec la Corse, puisque le télédossier Comedi-e est utilisé dans le cadre de consultations de suivi de patients chroniques entre médecins traitants et patients isolés en montagne dans le cadre d’un projet experimental.
Concernant le DMP, le GCS e-santé Picardie continue à mener activement le déploiement régional à travers une expérience pilote de mise à disposition 
de bornes DMP permettant aux patients de s’informer et créer en totale autonomie leur DMP. Une expérience qui fait l’objet d’une évaluation menée conjointement avec l’ASIP Santé avant d’envisager son élargissement.


Ainsi, depuis février dernier, un projet pilote est actuellement en cours à Compiègne à la demande exprimée fin 2012 par l’Union régionale des professionnels de santé (URPS) Infirmiers. Dans cet exemple, face à une plaie complexe, une infirmière depuis le domicile du patient a la possibilité d’adresser des photos et des vidéos grâce à sa tablette numérique et peut même organiser une téléconsultation avec un médecin expert.  

Comment financez-vous ce type de projet ?


Pour ce qui concerne la télémédecine, nos financements proviennent aujourd’hui exclusivement de notre agence
régionale de santé (ARS)
en cohérence avec la stratégie décrite dans son plan régional de télémédecine et les termes du CPOM (Contrat pluriannuel d’objectifs et de moyens) qui nous lie. Cependant, un travail de fond est mené sur l’élaboration d’un modèle médico-économique. Il est en effet essentiel, en télémédecine, de faire émerger un modèle qui permette, suite aux investissements consentis, de rendre le système autoportant par un paiement au service en fonction de l’usage, sur la base d’un abonnement mensuel. Par ailleurs, le chantier d’évaluation pour lequel nous collaborons avec l’École Centrale de Paris, qui prend en compte toutes les valeurs nécessaires à l’élaboration d’un tel dispositif, qu’elles soient matérielles (coût de transport, jours d’hospitalisation…) ou immatérielles (bien-être et confort du patient…), nous permettra, à terme, d’avoir un retour indispensable pour assurer la pérennité de ce service proposé par le GCS e-santé Picardie.







 

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