Médecine 2.0 avez-vous dit ?

Le mag numéro 5 | 15 nov. 2012
 « Ethique dans les usages du numérique en santé », « Doctors 2.0 & You » ou encore « Medicine 2.0 » sont autant d’événements qui ont tous un point commun : celui de faire référence à une médecine dite « 2.0 ». Mais au-delà du côté « branché » de l’expression, assiste-t-on réellement une révolution de la pratique médicale (version 1.0 ?), riche de plusieurs siècles d’histoire et d’évolutions ?
Il suffit de taper « histoire de la médecine » sur n’importe quel moteur de recherche pour se rendre compte de la limite de ce raisonnement. Les croyances, les théories, les techniques n’ont jamais cessé d’évoluer : la génétique, qui n’en est probablement qu’à ces débuts, en est un excellent exemple.

La médecine 2.0, ou une nouvelle façon de pratiquer


La médecine 2.0 ne doit donc pas être assimilée uniquement à l’utilisation de nouvelles technologies, bien réelles, mais bien plus à un mouvement de fond dans le domaine de l’information des médecins: celui de l’évolution majeure de la relation entre le médecin, le malade et la maladie. Concrètement, il s’agit de passer du « colloque singulier » aux échanges (relation bilatérale et protégée, en confiance, du médecin et de son patient) connectés. Autrement dit, d’une relation exclusive médecin – patient à une pratique plus collective de la médecine. Cette pratique collective est permise et encouragée par l’émergence des technologies connectées : internet, forums, blogs, twitter…

Le mouvement de la médecine « 2.0 » a été enclenché par les Etats-Unis. A l’image du pionnier « sermo.com », réservé aux médecins et revendiquant plus de 125 000 membres, de « patientslikeme.com » qui avance le chiffre de 166 000 membres ou du très ambitieux « medpedia.com » soutenu par les plus grandes universités américaines, la plupart des sites spécialisés d’information médicale sont nés aux USA., Il faut toutefois distinguer ces sites d’information médicale qui fournissent de l’aide à la décision sans partager de données de santé en dehors de celles fournies par ses utilisateurs, des dossiers médicaux partagés (comme le DMP), véritables projets de santé publique qui obéissent à des contraintes de sécurité et de confidentialité très strictes pour permettre de partager des données de santé à l’échelle d’une région ou d’un Etat. Dans ce dernier cas, on parlera alors plus largement de « e-santé ».

Quoi qu’il en soit, ni l’Europe (à l’image du docteur Bertalan Meskó qui figure dans le top 25 mondial de médecins sur Twitter), ni la France ne sont en retard.

L’Ordre des médecins en pointe sur le sujet


Dans ce dernier cas, il convient de saluer l’action du Conseil national de l’Ordre des médecins qui, en dépit de la nature « conservatrice » de ses fonctions, joue un rôle de précurseur et incite les médecins à « adopter une attitude accompagnatrice, pédagogique, voire anticipatrice vis-à-vis des usages du web santé ». Il préconise notamment de :
  • Mettre le web au service de la relation médecins-patients
  • Contribuer à la production de l’information en santé
  • Faire un usage responsable des médias sociaux numériques
  • Définir le cadre d’exercice du téléconseil
  • Reconnaître l’acte de conseil par téléphone ou par courriel pour un patient habituellement suivi
L’implication pérenne du CNOM sur ces sujets est également confirmée par le lancement, en association avec l’éditeur Vidal, de l'Observatoire des « usages numériques en santé » et du 1er baromètre sur « les médecins utilisateurs d’un Smartphone ». Cette veille est d’autant plus importante que chaque jour naissent des nouveaux réseaux sociaux aussi bien réservés aux médecins (« docatus.com », « confrere.fr », « meltingdoc.fr »…) qu’aux patients (« entrepatients.net », « cancercontribution.fr », « carenity.com »…).
La version 2.0 de la médecine n’est donc pas une « autre médecine » mais une autre manière d’informer et de former ses praticiens plus collaborative, à l’image des aspirations des jeunes médecins.


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