La Finlande à l’heure de la e-santé

Le mag numéro 6 | 30 janv. 2013
Dans ce pays scandinave de 5,3 millions d’habitants, l’e-santé est une priorité de développement depuis le milieu des années 90. Toutefois, dans le système de santé le plus décentralisé du monde, il a fallu des années au gouvernement finlandais pour fusionner les systèmes locaux en un ensemble de services accessibles à tous les citoyens, où qu’ils se trouvent. Un objectif aujourd’hui quasiment atteint. 
Le moins que l’on puisse dire, c’est que la Finlande a pris très tôt la mesure du potentiel économique et sanitaire de la e-santé : une première feuille de route pour l’utilisation des technologies de l’information et de la communication dans la santé et le médico-social a été publiée dès 1996. Son principal objectif était le développement de services intégrés (c’est-à-dire qui englobent toutes les spécialités) et interopérables (qui communiquent entre eux).

Par ailleurs, dès 2008, la quasi-totalité des hôpitaux publics et des acteurs de santé privés utilisaient des dossiers patients informatisés, et 100% des médecins généralistes étaient équipés d’ordinateurs et connectés à internet. En outre, 90% des médecins généralistes utilisent internet pour recevoir les résultats de labo et 55% échangent des données avec d’autres offreurs de soins. La télémédecine est également rapidement entrée dans les mœurs dans ce pays faiblement peuplé où elle est parfois vitale.

Néanmoins, si le système de santé finlandais est considéré comme le plus décentralisé du monde, la plupart des soins sont gérés au niveau de chaque « district de santé » (21 au total) englobant 230 établissements de santé publics et 4000 structures privées, toutes spécialités confondues (cliniques, laboratoires, centres de radiologie…).

Malheureusement, les services de e-santé mis en place dans chaque district de santé et fournis par divers prestataires informatiques ont rendu impossible l’échange de données de santé d’une région à l’autre.

Le gouvernement a donc lancé en 2002 un grand chantier de centralisation de la e-santé, avec pour objectif qu’il soit possible pour un professionnel de santé d’accéder aux informations de santé et de sécurité sociale d’un patient où qu’il se trouve, avec son consentement. Le patient doit pouvoir lui aussi bien sûr avoir accès à ses données.

L’un des points saillants de cette politique est la construction d’un dossier patient national qui compile les informations contenues dans les différentes structures de soin du pays. En 2011, eArchive a donc vu le jour et son usage a été rendu obligatoire pour les professionnels de santé.

Dans sa première version, le dossier contient :
  • Les données administratives de sécurité sociale du patient
  • Les résultats d’analyses 
  • Les traitements suivis 
  • Les lettres de suivi entre un généraliste et un spécialiste
  • Un espace d’expression personnelle pour le patient (« carnet de bord ») 
En 2013, une deuxième version intègrera également les radiologies avec le compte-rendu du radiologue, ainsi qu’un service de prise de rendez-vous en ligne.

Ce service est adossé à un deuxième distinct mais lui aussi lancé en 2011 : ePrescription, qui permet au médecin de s’affranchir de l’ordonnance papier pour prescrire des médicaments en communicant par voie électronique avec les pharmacies. De cette manière, le traitement du patient est archivé électroniquement et potentiellement accessible dans les 600 pharmacies du pays.

Et le gouvernement ne s’arrête pas là : un nouveau service de e-santé doit permettre dans un avenir proche d’associer encore d’avantage le patient dans sa prise en charge. eAccess, permettra en effet au patient d’ajouter lui-même des données de santé à son dossier informatique. Après s’être connecté et identifié grâce à sa carte d’identité électronique ("Henkilökortti" en finnois, lancée en 2003), le patient y ajoute des données qu’il a lui-même mesurées (tension, glycémie, pouls…). Un service qui doit être testé en 2013, mais dont la réussite sera encore une fois conditionnée par la possibilité de faire communiquer entre eux les différents systèmes électroniques existants. Un projet fastidieux mais résolument en bonne voie.

Crédits Photos : © jd-photodesign - Fotolia.com