Discours de Michel Gagneux lors des 19e Rencontres Interrégionales de l'ASIP Santé

Points de vue | 06 févr. 2014
 
Seul le prononcé fait foi 



Bonjour à tous 


Je suis ravi de vous voir aussi nombreux réunis pour cette première RIR de l’année 2014, à un moment où vœux de succès et bonnes résolutions résonnent encore dans toutes les têtes. Cette RIR est la 19ème du genre, organisée depuis la création de l’ASIP Santé en 2009. C’est dire le besoin toujours vivant d’informations, d’échanges et de dialogue que suscite le déploiement des systèmes d’informations de santé.


Avant de nous projeter vers l’avenir, au seuil d’une année pleine d’espoir puisqu’elle devrait voir entre autres l’avènement de la stratégie nationale de santé, du programme Territoires de santé numérique et du DMP dit de deuxième génération, retournons un instant sur l’ouvrage accompli depuis cinq ans afin d’y rechercher les enseignements susceptibles de nous préserver des erreurs du passé et de nous éclairer sur les facteurs de succès.

  • La capacité de maîtrise d’ouvrage publique a été renforcée, avec la création de l’ASIP Santé à l’échelon national, et, à l’échelon régional, la création et la consolidation, dans la plupart des territoires, de structures ou services de mieux en mieux organisés.
  • Les prérequis indispensables au développement des systèmes de partage et d’échanges ont commencés à être posés : cadre d’interopérabilité, référentiels, politique de sécurité…
  • D’ambitieux programmes ont été lancés : programme Hôpital numérique, programme national de télémédecine, DCC, téléservices de l’assurance maladie…
  • De nouveaux services sont en préparation et vont bientôt être déployés : MSSanté, Programme santé connectée…
  • En terme de gouvernance des systèmes d’information, une première brique a été posée avec la création de la DSSIS.
  • D’un point de vue culturel, les mentalités ont beaucoup évolué chez les acteurs, et en particulier chez les professionnels de santé et les patients, de plus en plus nombreux à attendre les outils virtuels de partage et d’échanges que les technologies devraient leur avoir déjà offerts…


Tout cela constitue incontestablement une trajectoire de progrès, mais pas encore l’histoire d’une réussite.


Les projets nationaux, complexes et de pilotage malaisé, tardent à se concrétiser pleinement. Le DMP n’est pas entré dans la phase de son déploiement, la stratégie du DCC a dû être réajustée, le programme Hôpital numérique n’a pas encore l’effet d’entraînement systémique souhaité.


Nous nous trouvons encore au stade infantile des systèmes d’information de santé. Nous avons pourtant à notre disposition, après ces cinq années écoulées, tous les éléments d’analyse qui nous permettront, collectivement et tous ensemble, de faire franchir un cap à la politique de santé numérique et, par là-même, d’atteindre les finalités qu’elle poursuit, toutes génératrices de qualité et d’efficience :

  • L’adoption de pratiques coopératives et pluridisciplinaires entre professionnels de santé, centrées sur le patient et non pas sur la spécialité ou la pathologie.
  • La mise en place de relations naturelles entre médecine hospitalière et médecine de ville.
  • Le rôle accru du patient, en tant qu’acteur informé et responsable, dans la maîtrise de sa santé.

Nous le savons tous désormais, mais je ne suis pas sûr que nous en tirions à chaque instant toutes les conséquences, nous ne réussirons à transformer les outils numériques en usages au bénéfice des professionnels, des patients et des collectivités gestionnaires ou régulatrices, que si nous nous montrons capable de mener une action systémique.


Le DMP en est l’exemple emblématique. Ce projet s’est avéré à la fois révélateur des insuffisances de l’informatique de santé (cloisonnement des projets, retards de l’informatique médicale, fragilité de l’offre logicielle, etc.) et a été un accélérateur du changement. Sans le DMP, nous serions moins avancés en matière d’interopérabilité, de sécurité, de référentiels, de conciliation des impératifs de confidentialité et de facilité d’usage. C’est en cela que la valeur d’usage d’un service comme le DMP, comme de beaucoup d’autres du même type, dépasse largement le service lui-même.


Quelles sont les conditions à réunir pour mener à bien cette politique systémique, condition sine qua non de la réussite de notre pays dans le domaine de la santé numérique ?


Pour ma part, pardon, j’ai parfois l’impression de radoter depuis quelques années à force de répéter les mêmes choses, j’en distinguerai cinq principales, pour aller à l’essentiel :

  • Un portage politique constant et lisible, créateur de confiance, fondé sur une stratégie de long terme et sur des principes d’action partagés par tous les acteurs.
  • Une gouvernance appropriée à tous les niveaux, national comme régional, de nature à aligner les acteurs institutionnels, quelles que soient leur puissance d’action et leur propension à l’autonomisation.
  • Une offre de services innovante et créatrice de valeur et de simplification pour les utilisateurs, professionnels de santé et patients, ce qui passe par la mise en place de projets reposant d’abord sur la réponse aux besoins présents et à venir des utilisateurs, et par une évolution de la démarche industrielle, qui doit évoluer de la culture du produit vers la culture du service.
  • Une politique de conduite du changement coordonnée, avec des mesures d’accompagnement, d’incitation, de formation envers les professionnels de santé, en ville comme à l’hôpital.
  • Une doctrine de gouvernance et de pilotage définissant ce qui relève du central et ce qui relève du local, ce qui relève du ministère, de l’assurance maladie, des ARS, des opérateurs de maîtrise d’ouvrage déléguée (nationaux ou régionaux).

Sur ce dernier point, la DSSIS mène actuellement des travaux auxquels certains d’entre vous participent, pour définir une doctrine d’organisation et de régulation de la maîtrise d’ouvrage régionale. Il faut s’en réjouir.


C’est un point important, car il conditionne bien souvent la pertinence de l’architecture d’un projet et l’efficacité de sa trajectoire. Pour ma part, fort d’une réflexion de plus de six années sur ces sujets, j’ai quelques idées simples :

  • A l’échelon ministériel, la responsabilité de la définition des orientations politiques, des priorités, de l’alignement stratégique des acteurs.
  • A l’échelon national, d’une part la définition du socle de prérequis à respecter par tous pour garantir la sécurité, l’interopérabilité, la bonne urbanisation des systèmes d’information, l’efficience et la non redondance des investissements publics, d’autre part l’offre de services, en termes d’appui, de conseil, d’accompagnement, de capitalisation des expériences, permettant aux territoires les moins armés de rejoindre la cible de base et de développer ensuite les usages.
  • A l’échelon territorial la mobilisation de proximité des acteurs, la stimulation des usages, l’innovation (qui n’est pas interdite au niveau national) au service des politiques régionales de santé.


Les projets nationaux pâtissent encore trop souvent de la lourdeur du pilotage et des difficultés d’alignement des acteurs. Ils sont trop lents de mise en œuvre. En outre, la dimension territoriale des politiques de santé ne cessera de s’affirmer davantage. L’innovation ou les solutions nées du dynamisme local ne doivent pas être pénalisées, dès lors qu’elles adoptent le chemin de convergence garantissant le respect des prérequis nationaux.


En tant qu’opérateur d’Etat, l’ASIP Santé s’inscrira plus que jamais, sous l’autorité ministérielle, dans cette double mission : de définition du cadre commun indispensable, dans un esprit de concertation renouvelé; et d’offre de services aux territoires et aux acteurs institutionnels, à travers des actions d’information, d’explicitation, d’accompagnement, de soutien, de conseil, bref, de conduite de changement.


Je vous souhaite à tous une année pleine de réussites tangibles !



Seul le prononcé fait foi