François GUINOT : "Recevoir des soins de qualité en restant chez soi ? Possible avec la Domomédecine."

Points de vue | 11 févr. 2013
Point de vue de François GUINOT, Président Honoraire de l’Académie des technologies, Président du Consortium domomédecine


Tous les pays développés sont confrontés à l’accroissement du nombre de malades souffrant de maladies chroniques souvent associées (multipathologies), amplifié par l’allongement de la durée de la vie. Ces patients expriment fortement le souhait de recevoir les soins que nécessite leur état à leur domicile ou même dans leur milieu socio-professionnel garantissant ainsi leur autonomie. A la condition d’être certains que ces soins soient comparables en quantité et qualité à ceux qui leur seraient dispensés dans le système actuel de santé. Cette domomédecine, rendue possible par l’évolution rapide des technologies, demande des adaptations de ce système. En effet, sont maintenant accessibles des instruments miniaturisés, non invasifs, communicants, économiquement abordables, qui permettent de mesurer en continu de multiples paramètres ou de maitriser l’administration programmée de traitements. En sorte qu’au lieu de soumettre le patient aux contraintes de localisation et de disponibilité des instruments, celui-ci ou ses proches sont libérés de cette dépendance : les instruments nécessaires peuvent s’intégrer à leur environnement. Ainsi le système de santé se recentrerait sur le malade (et ses proches) et son médecin (et l’équipe de santé). A charge pour cette équipe, en fonction des évolutions constatées, d’agir en liaison avec les spécialistes les plus pointus.

La domomédecine se définit donc comme un système centré sur le couple patient-médecin qui traite de l’ensemble des actes et soins dispensés au domicile du patient ou lors de ses activités socio-professionnelles. Elle intègre évidemment les progrès réalisés par la télémédecine pour ce qui est de l’amélioration de l’accessibilité aux soins sur tous les points du territoire, de l’amélioration de la collaboration entre professionnels de santé et de l’optimisation du temps de ressources médicales rares. Elle va au-delà en mettant au cœur du système le patient, ses proches – dont les difficultés insuffisamment reconnues seraient mieux prises en compte - et l’équipe de soins. Elle devrait répondre au souhait de maintien de leurs liens sociaux si fortement exprimé par les patients, stimuler le progrès médical et contribuer à une meilleure économie de la santé.

L’essentiel des difficultés pour bâtir ce nouveau système ne devrait pas venir des technologies. Les technologies existantes sont souvent propres à une pathologie donnée. Pour répondre aux besoins d’un malade atteint de multipathologies, il faut les combiner, les rendre compatibles. Il s’agit de concevoir un « système de systèmes », un système intégré, aux performances supérieures à celles qui résulteraient de leur seule juxtaposition. Cette intégration des technologies existantes, leur nécessaire adaptation, le rôle central des Technologies d’Informations et Communication (TIC) demandent encore de solides expérimentations et sera source d’innovations multiples.

La mise en œuvre du concept de domomédecine suppose des changements de comportement et d’habitudes qu’il faudra susciter. Elle rencontre des problèmes juridiques ou réglementaires qu’il faudra surmonter. Elle demande des actions d’éducation et de formations pour les patients, les « aidants », et les acteurs de santé concernés qu’il faudra réaliser.

Issu du rapport de l’Académie des technologies établi par F. Levi et C. Saguez le concept de domomédecine entre dans une phase d’expérimentation à une échelle suffisamment large- plusieurs milliers de patients- pour montrer qu’il remplit ses objectifs. Ce projet d’expérimentation, dès l’origine, a reçu le soutien du Conseil Régional de Champagne-Ardenne, de son Président Jean-Paul Bachy, de son Agence Carinna, qui positionne cette région à l’avant-garde de la domomédecine. Le mouvement s’élargit à d’autres Régions, en particulier l’Ile de France, aux pôles de compétitivité concernés et à de nombreuses entreprises. Un Consortium réunit régulièrement en Champagne-Ardenne tous les acteurs de santé impliqués dans l’élaboration de ce grand projet. Déjà plusieurs pré-projets ont fait l’objet de sélections rigoureuses par diverses instances (FUI, Investissements d’avenir). Chacun de ces pré-projets (PICADo, ECLAIR’AGE, portés par la société Altran, DOMOCARE, porté par la société AXON’CABLE) a pour objet d’approfondir certains problèmes spécifiques. Leurs résultats seront précieux pour la réalisation du projet lui-même.

Le temps est venu de l’engager. Les enjeux de santé, d’économie de la santé, de développement technologique et par conséquent de créations d’entreprises et d’emploi sont considérables. En pointe sur le concept, il faut veiller à n’être pas distancé par d’autres pays européens qui en ont bien perçu l’intérêt.