Gérard de POUVOURVILLE : "Il faut trouver un modèle économique viable pour les différentes applications de e-santé"

Éthique | 09 janv. 2013
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Interview de Gérard de POUVOURVILLE, professeur titulaire de la Chaire Santé à l’ESSEC - Directeur de l'Institut de la Santé  

Quel est aujourd’hui l’impact des systèmes d’information de santé tant sur l’organisation des soins que dans la relation entre les différents acteurs de santé ?


La possibilité, pour les acteurs de santé, d’avoir accès à des données sur la consommation de soin et le fonctionnement du système de santé est un atout considérable. Ces différentes données permettent d’analyser et d’évaluer le fonctionnement de ce système, de repérer ses dysfonctionnements, de réaliser des études et d’émettre des recommandations. À côté de cet usage des données par les décideurs et les acteurs de santé, toute une économie sur l’offre de soins et de services se développe à l’intention des usagers. L’idée étant qu’un large accès à l’information peut améliorer le comportement des consommateurs.

Par exemple, la mise en place du DMP (Dossier Médical Personnel), lorsqu’il sera réellement opérationnel, permettra de fluidifier la circulation de l’information entre les professionnels de santé. Des travaux américains montrent que la mise à disposition pour les professionnels de santé d’un dossier patient partagé informatisé est un investissement essentiel qui permet de garantir la continuité, la qualité et l’efficience du suivi des patients.

En quoi la e-santé participe-t-elle à la qualité et à la sécurité des soins ?


Au-delà des échanges d’information, qui participent pleinement à l’amélioration de la prise en charge des patients, les dispositifs de téléconsultation et de télésurveillance présentent un intérêt majeur. Ils permettent, pour le premier, de remédier à la désertification médicale de certaines régions et, pour le second, d’améliorer considérablement le suivi des patients.

Il est possible, par exemple, de surveiller à distance les paramètres de défibrillateurs cardiaques portés par certaines personnes et d’intervenir en cas de besoin.

Toutes ces applications présentent un bénéfice potentiel important, mais l’on a encore des incertitudes et parfois des réticences en France sur leur financement, sur la rémunération des professionnels qui les utilisent ou encore, dans le cadre de la téléconsultation, sur des questions de responsabilité juridique.

Quel état des lieux peut-on aujourd’hui dresser du secteur de la e-santé d’un point de vue économique ?


C’est un secteur qui compte déjà des acteurs majeurs qui offrent des solutions plus ou moins larges de télémédecine ou de télésurveillance ou encore des SSII spécialisées dans l’ingénierie de système à destination du secteur de la santé. Globalement, le secteur de la e-santé pourrait se développer très rapidement.

C’est en effet un domaine d’investissement intéressant pour l’économie, l’innovation et la croissance du pays, mais aussi l’amélioration du système de santé. Il faut donc trouver un modèle économique viable pour les différentes applications de e-santé afin de lever les freins à leur développement.