Interopérabilité en biologie : le cadre technique et fonctionnel est posé

Points de vue | 07 févr. 2011
Points de vue de Jean-François PARGUET et du Professeur Eric LEPAGE.
Par Jean-François PARGUET, Directeur du pôle référentiels, architecture et sécurité de l’ASIP Santé et par le Professeur Eric LEPAGE, Directeur du Centre de Compétences et de Services Système d’information Patient (CCS SI Patient) de l’Assistance Publique Hôpitaux de Paris (AP-HP ).
Professeur Eric LepageEn France, plusieurs centaines de milliers de comptes rendus de biologie sont produits chaque jour. Dans le contexte de la dématérialisation des données de santé et de leur échange, l’enjeu est de fournir aux professionnels de santé des outils informatiques simples et fiables, leur permettant de consulter ces données médicales, au service d’une prise en charge optimale du patient. Avec la mise en place de l’ASIP Santé en 2009, dotée de missions spécifiques pour consolider l’interopérabilité des systèmes d’information dans le secteur de la santé, une impulsion nouvelle aux travaux entrepris par les différents acteurs du secteur a été donnée.

Depuis plusieurs années, l'AP-HP a adopté la nomenclature internationale LOINC [1] afin de normaliser un Catalogue d'analyses de biologie, commun à tous ses établissements. Elle a, ce faisant, considérablement enrichi la nomenclature internationale, et réalisé une traduction systématique de tous ses libellés. Grâce à ce catalogue, l'AP-HP exploite aujourd’hui cette nomenclature dans ses processus de soins mettant en œuvre des demandes d'analyses et des résultats de biologie.
 
Parallèlement, et au titre de ses missions de promotion du développement et de l’évolution des logiciels de laboratoires d’analyses médicales, la SFIL[2]  a réalisé une traduction en français des analyses du référentiel LOINC le plus couramment réalisées en France.

À la fin de l’année 2009, sous l’égide de l’ ASIP Santé, l’AP-HP et la SFIL ont pris la décision de fusionner leurs traductions afin de produire le document LOINC de référence en français pour l'expression des résultats de biologie [3] . Ce référentiel est désormais partie intégrante du Cadre d'Interopérabilité des Systèmes d’Information de santé (CI-SIS) approuvé par les industriels en octobre 2009 et publié par l'ASIP Santé dans le Répertoire National des Référentiels (RNR). L’intégration à ce référentiel de l’ensemble de la traduction des libellés LOINC est en cours.
 
Parallèlement, l'AP-HP et la SFIL ont chacune apporté leur contribution directe à l'élaboration par l'ASIP Santé du modèle HL7 CDA de compte rendu électronique de biologie, puis à l'approbation aux côtés des industriels en avril 2010, de ce modèle, disponible depuis lors dans le CI-SIS.
 
Grâce à ces deux référentiels - LOINC et modèle de compte rendu CDA -  les résultats de biologie peuvent désormais être échangés entre professionnels de santé, et partagés dans le DMP – dossier médical personnel, dont le service national a été ouvert le 5 janvier 2011- dans une forme et une sémantique univoques, dotant le médecin qui reçoit ou consulte ces résultats de la capacité de les intégrer dans son propre dossier patient local, quel que soit le laboratoire émetteur de ces résultats. Ainsi, le médecin peut consolider dans son dossier patient local l'historique biologique de son patient, et surveiller (y compris graphiquement) l'évolution de tel ou tel paramètre dans la durée (par exemple surveillance du taux de prothrombine d'un patient sous traitement anticoagulant).
 
Dans ce domaine, l’AP-HP peut être considérée comme un précurseur, puisqu’elle utilise depuis plusieurs années des profils IHE embarquant les standards HL7  dans ses activités de biologie – et ce, bien en amont de la publication du CI-SIS. Aujourd'hui, elle déploie dans ses établissements ces profils IHE du domaine biologie pour supporter les workflows de demandes et de résultats d'examens de biologie  , entre les unités cliniques et les laboratoires, ainsi que pour assurer la diffusion de son catalogue commun d'analyses vers l'ensemble de ses systèmes susceptibles de prescrire de la biologie.
 
L'AP-HP a choisi d'alimenter le DMP à partir de son dossier patient informatisé qui sera le point d'interface unique du SIH avec le DMP. À court terme, elle sera en mesure de déposer dans le DMP des documents médicaux dont des comptes rendus de pathologie et d'autres spécialités en format CDA avec structuration minimale (niveau 1). Puis, au fur et à mesure du déploiement du nouveau dossier patient informatisé, les établissements basculeront sur le modèle de compte rendu fortement structuré (niveau 3) du CI-SIS.

[1] Logical Observation Identifiers Names and Codes (LOINC®)
[2] Créée en 1985, la Société française d’Informatique de Laboratoire (S.F.I.L.) est une association loi 1901, à caractère scientifique, qui regroupe des biologistes privés et hospitaliers et des industriels.
[3] Cf communiqué de Presse du 19 juillet 2010 « Coordination des professionnels de santé : La biologie montre la voie de la structuration des données de santé »