Interview : regards croisés de Béatrice BERARD et Raphaël MASTIER sur MSSanté

Points de vue | 23 Mai 2014
Pour Béatrice Bérard, chef de projet des systèmes d’information de santé du CHU de Nancy et membre de plusieurs groupes d’expertises UNIHA autour de la sécurité et Raphaël Mastier, Responsable du Marché Santé chez Microsoft, le lancement de la messagerie MSSanté répond bien à l’une des problématiques centrales de l’univers de la santé : la sécurité des échanges et des usages.

Quel est l’enjeu du projet de messagerie sécurisée MSSanté ?


Béatrice Bérard :
Dans le cadre de l’UNIHA (réseau coopératif décentralisé de filières d’achats pour les hôpitaux), nous avons procédé à un recueil des thématiques qui intéressaient nos adhérents et l’une des thématiques qui ressortait, concernait précisément la mise en place d’une messagerie sécurisée. Les messageries font partie des usages quotidiens et les établissements ne peuvent bien sûr pas empêcher les professionnels de santé de les utiliser. Mais il fallait cadrer ces échanges, avec des outils simples et peu onéreux, de façon à répondre aux exigences d’éthique et de confidentialité qui s’imposent aux professionnels et établissements de santé en matière d’échanges de données.



Comment avez-vous abordé ce sujet ?


Béatrice Bérard :
Un groupe de travail a été monté avec l’ASIP Santé (pour la partie interopérabilité), l’UNIHA (pour les besoins des usagers et l’expertise du secteur de la santé) et Microsoft (pour les aspects technologiques). Les outils de messagerie Microsoft sont en effet déjà très utilisés par les établissements. Nous avons fait un sondage pour retenir les versions les plus utilisées et nous sommes partis de ces versions pour élaborer une solution adaptée, autour de deux axes essentiels, l’ergonomie et la sécurisation.

Raphaël Mastier :
Notre souhait est de proposer les conditions d’une modernisation des outils contrôlée, structurée et partagée. Mais nous sommes dans une logique industrielle. Nous ne développons pas de solutions spécifiques pour l’hôpital, nous partons de solutions qui ont fait leurs preuves dans d’autres secteurs, comme par exemple les banques, la distribution ou les collectivités locales, et nous les adaptons, si nécessaire, aux spécificités de certains marchés. C’est ce que nous avons fait au sein de ce groupe de travail, en réfléchissant avec les usagers aux « composants » qui pouvaient manquer à notre plateforme produit pour répondre aux spécifications d’une messagerie sécurisée de santé.

Béatrice Bérard :
Le travail de sensibilisation effectué en amont par l’ASIP Santé a été essentiel. Il a permis qu’un éditeur comme Microsoft s’implique dans ce projet. Le financement des travaux par l’UNIHA a également été un levier important. Un établissement de santé isolé n’aurait pas pu supporter seul le coût du développement d’une messagerie sécurisée. Au contraire, avec ce travail mené en commun par trois grands acteurs, nous allons reverser l’intégralité des travaux réalisés, à la communauté de nos établissements adhérents de l’accord cadre de Microsoft, sans surcoût pour eux.




Où en est le projet MSSanté aujourd’hui ?


Béatrice Bérard :
Le cahier des charges a été validé par le comité technique de filière UNIHA et les développements sont en cours. Ils seront testés dans trois ou quatre établissements pilotes adhérents de l’UNIHA. Une maquette devrait être disponible d’ici quelques mois pour que la généralisation de l’outil puisse démarrer en fin d’année.



Quels sont les sujets sur lesquels vous travaillez aujourd’hui ?


Raphaël Mastier :
La sécurisation de l’accès au poste de travail est un thème sur lequel nous travaillons avec l’ASIP Santé. C’est d’autant plus essentiel que les professionnels de santé utilisent aujourd’hui de multiples supports : ordinateur, tablette, smartphone. Il faut donc intégrer ces innovations dans les usages de la carte CPS, sans que cette sécurisation soit vécue comme une contrainte par les utilisateurs. Par exemple, si un médecin ouvre son portable depuis un séminaire ou de chez lui, on doit pouvoir sécuriser ses échanges avec son établissement, de façon invisible pour lui.
Le secteur de la santé doit aussi intégrer de nouvelles pratiques, comme le cloud computing. Il n’est plus question d’ériger des « murs » autour des établissements pour éviter que les données en sortent, il faut imaginer de nouvelles solutions pour sécuriser l’ensemble de l’environnement des professionnels de santé.

Béatrice Bérard :
Avec MSSanté, nous allons permettre aux professionnels d’échanger dans un cadre sécurisé. Une prochaine étape devrait concerner les patients, qui sont eux aussi acteurs par rapport à leurs données et de plus en plus demandeurs d’échanges avec les établissements et les professionnels. Là encore, la problématique de la sécurité et de la confidentialité sera centrale.



crédits photo: © ASIP Santé