Isaac Azancot : "Apport de la structuration des informations dans le dossier patient."

Points de vue | 23 août 2010
Point de vue du Professeur Isaac Azancot.
L’imminence de la mise en place et du déploiement progressif du DMP rend critique la question de la dématérialisation du dossier patient en établissement de santé (ETS),  de la structuration et de la normalisation des données médicales, préalables à l’échange d’informations et à l’alimentation des réseaux de santé. Or le constat est à cet égard alarmant : moins de 10% des ETS Français de toute taille sont, à ce jour, en mesure d’alimenter de manière adéquate le DMP, justifiant les efforts déployés par l’ASIP pour promouvoir dans de délais rapides un plan de « bureautique santé ».
Isaac AzancotComment, en ETS, concilier la précision et la spécificité de l’information,  le caractère ergonomique et informatif d’un compte rendu médical, à la standardisation qu’implique la structuration du dossier et à  l’utilisation d’une sémantique permettant les échanges et l’exploitation des données ? Comment assurer l’appropriation par les acteurs de santé de l’outil informatique mis transversalement à leur disposition ?

Au cours des 7 dernières années, le groupe hospitalier Lariboisière Fernand-Widal  a mis en place – dans le cadre d’une mission institutionnelle APHP - une politique d’informatisation du dossier patient,  issue de l’idée que la réussite d’un tel projet repose nécessairement sur un paradigme culturel « ascendant  -  du lit du malade vers le système d’information -   permettant aux acteurs de santé de spécifier  leurs paramétrages et leurs besoins, grâce à des « boites à outils » très simples, basées sur les technologies du Web.

Une telle approche comporte 3 phases:
  • Le déploiement au niveau des secrétariats d’un outil de bureautique avancée,  utilisant des technologies de dictée et de reconnaissance numériques, permettant un déploiement rapide et une « structuration minimale » des métadonnées médicales, l’alimentation d’un portail Web sécurisé de consultation des informations, l’alimentation du DMP et la communication avec les correspondants libéraux et hospitaliers à travers une messagerie sécurisée intégrée.
  • La création de « Dossiers Techniques Structurés » (DTS) au niveau des différentes sources de recueil de l’information : il s’agit de formulaires conviviaux paramétrables, permettant à tout  service de définir selon ses besoins ses  propres DTS, ou à une institution de définir des DTS contenant des champs minimaux communs pouvant dès lors être complétés selon les besoins spécifiques des utilisateurs. Cet outil - ne nécessitant aucune connaissance en programmation -  comporte des fonctions de partage de champs ou de catégories de champs entre plusieurs DTS, s’appuie sur des référentiels médicaux (notamment CIM10, CCAM, SNOMED) et sur une bibliothèque de partage de nomenclatures  et de concepts, respecte les standards d’interopérabilité CDA définis par l’ASIP  et intègre un extracteur de requêtes statistiques.
  • La convergence des différents DTS ainsi constitués vers des « Dossiers Cliniques Structurés » (DCS) gérant les hospitalisations et les consultations, automatiquement alimentés au cours du circuit clinique du patient dans l’établissement de santé par des résumés paramétrables remontant des DTS ou par les documents ou images issus des différentes modalités. Cette organisation de partage des informations minimise les redondances de saisie et explique pour une grande part la bonne appropriation de l’outil  (tous les services producteurs du site connectés, plus de 150 dossiers structurés déployés, plus de 1000 documents et procédures d’imagerie publiés par jour sur le portail Intranet sécurisé)
La disponibilité d’un outil dont le corps médical et soignant peut facilement “s’approprier”, est la condition incontournable de cette “migration culturelle” majeure, facilitant le déploiement d’applications ergonomiques rendant possible la structuration des documents médicaux. Le développement de cette assise culturelle est la condition nécessaire pour entraîner l’adhésion du personnel soignant aux systèmes d’informations au sein de nos établissements. Une telle politique d’informatisation « ascendante » permet aux acteurs de santé participant à la prise en charge globale du patient une alimentation naturelle à la source de recueil des informations - dont la souplesse garantit la bonne adéquation aux besoins exprimés - et diffère sensiblement de stratégies « ERP » souvent adoptées pour des tentatives de déploiement du dossier patient s’appuyant sur un modèle organisationnel préétabli dans un progiciel centralisé et descendant de gestion intégrée.

Point de vue du Professeur Isaac Azancot, Unité de Traitement de l'Information Médicale - Hôpital Lariboisière - 75475 Paris Cedex 10.