Jean-Yves ROBIN: "Les premiers usages de la e-santé : une situation inédite"

Points de vue | 28 Mai 2013
 Edito du directeur de l'ASIP Santé, extrait du rapport d'activité 2012.


Les premiers usages de la e-santé : une situation inédite


Le passage de notre système de santé à l’ère du numérique est un enjeu national, qui requiert une politique publique ambitieuse.
 
Les technologies de l’information et de la communication en santé peuvent contribuer à apporter une réponse aux problématiques les plus urgentes qui concernent notre système de santé. Coordonner le suivi médical tout au long du parcours de soins des patients, pallier efficacement les conséquences du vieillissement de la population et de la dépendance, garantir l’accès aux soins de tous malgré un contexte économique tendu, sont quelques-unes des exigences que la e-santé peut contribuer à satisfaire. Force est de constater qu’en quatre ans l’ASIP Santé s’est imposée comme un acteur désormais incontournable sur le front des principaux chantiers nationaux en cours afin que ces technologies profitent à tous, professionnels de santé et patients.


L’année 2012 aura été celle des premiers retours d’expérience après le lancement sur le terrain en 2011 de plusieurs grands projets. Dépassant enfin le stade de l’expérimentation, ces projets entrent dans une phase de mise en oeuvre qui révèle des adaptations nécessaires au développement de leurs usages et surtout démontre l’absolue nécessité d’une action cohérente de toutes les composantes des pouvoirs publics en synergie avec les acteurs économiques et les organisations professionnelles. Il est donc primordial d’être à l’écoute des premiers utilisateurs pour mieux orienter les futures actions de déploiement de ces projets. Les bilans des programmes “DMP en établissement” et “DMP en région” en sont la parfaite illustration : ils fournissent une information inédite et détaillée qui permet de mieux orienter la stratégie de déploiement non seulement du DMP mais de tous les services innovants de e-santé sur l’ensemble du territoire.


Le rapport de la Cour des comptes sur les coûts du DMP, demandé par l’Assemblée nationale, s’inscrit dans la même démarche d’évaluation. Il a permis d’établir, avec le concours de l’agence, une photographie de ce qu’a réellement coûté le DMP depuis 2005 et distingue bien le temps, jusqu’en 2008, des expérimentations infructueuses, bien qu’utiles, chiffrées à 90 M€, et celui de la réalisation effective du DMP de 2009 à 2011 chiffré à 60 M€. L’ASIP Santé, qui avait appelé de ses voeux la publication du rapport, s’est associée à l’essentiel de ses recommandations que chacun peut lire désormais. Parmi ses conclusions, la Cour pointe par ailleurs la nécessité d’une stratégie d’ensemble et d’un pilotage plus affirmé des politiques de e-santé par l’État, dont le service DMP est une composante essentielle mais pas unique. L’efficience du cadre d’interopérabilité des systèmes d’information de santé (CI-SIS), qui vise à construire un espace de confiance et une standardisation pour l’échange et le partage de données de santé et qui intégrera bientôt de nouveaux services tels que les messageries sécurisées de santé (MSSanté), en dépend. 


L’annonce par la ministre des Affaires sociales et de la Santé, Marisol Touraine, de la poursuite du DMP et de la nécessité de le faire évoluer à l’aune de ces retours d’expérience répond à ce besoin d’adaptation et à cette nécessité d’inscrire plus lisiblement ces projets dans la politique de santé. 


2012 a également été l’année posant les fondamentaux d’une politique générale de sécurité dans le domaine de la santé alors que des ruptures de confidentialité de dossiers médicaux sont régulièrement observées. Industrialisation de la CPS dont la production est confiée par l’ASIP Santé à l’Imprimerie nationale, progression du Répertoire Partagé des Professionnels de Santé (RPPS), rédaction des premiers éléments de la politique générale de sécurité des systèmes d’information de santé, premiers travaux sur la mobilité et les moyens d’authentification alternatifs à la CPS… Tous ces éléments dessinent une rénovation profonde du secteur de la sécurité des données de santé et trouveront leur traduction concrète dès 2013 à l’occasion de la mise en oeuvre par l’ASIP Santé du système de messageries sécurisées de santé.


L’ASIP Santé a également poursuivi son action pour le développement de la télémédecine par le soutien aux projets du programme “Télémédecine 1”, et sa contribution au guide méthodologique pour l’élaboration des contrats et conventions en télémédecine. 


2012 aura en outre vu la création par l’ASIP Santé d’un label e-santé pour les logiciels des maisons et centres de santé, ouvrant ainsi la voie à une stratégie nouvelle entre pouvoirs publics et éditeurs, ainsi que la poursuite des travaux sur les systèmes d’information dans les maisons pour l’autonomie et l’intégration des malades d’Alzheimer (MAIA). Ces projets ancrent l’action de l’agence dans la réalité des nouveaux modes d’organisation des professionnels de santé tout en préparant l’élargissement nécessaire de la e-santé au secteur médico-social.


Mais l’année 2012 aura été également marquée par le démarrage de nouveaux projets dont la mise en oeuvre, confiée à l’ASIP Santé par l’État, témoigne de la confiance renouvelée des pouvoirs publics dans la capacité à faire de l’agence. Ainsi, le Directeur général de la santé (DGS) a mandaté l’ASIP Santé pour l’étude d’un système d’information permettant une meilleure identification et une meilleure gestion des signaux de veille sanitaire. Les récentes crises sanitaires notamment dans les domaines de la pharmacovigilance et de la matériovigilance ont, en effet, mis en lumière les faiblesses du système actuel. Ces travaux entamés en 2012 se prolongent en 2013 par une mission de la ministre confiée à la DGS avec l’appui de l’ASIP Santé sur la réorganisation des vigilances.


Autre projet confié à l’agence cette année sous l’égide cette fois de la Direction générale de l’offre de soins (DGOS), l’étude sur la modernisation du système d’information et de téléphonie des SAMU. Avec les travaux sur le Répertoire Opérationnel des Ressources (ROR) qui se poursuivent, on mesure l’étendue des sujets abordés désormais par l’ASIP Santé. 


Tous ces projets ont en commun de s’inscrire dans la durée. L’innovation qu’ils portent n’est pas tant technique mais questionne les organisations et les pratiques professionnelles. Ils réclament tant de la part des équipes de l’agence que des nombreux acteurs mobilisés sur le terrain, professionnels de santé, établissements de soins, agences régionales de santé et maîtrises d’ouvrage régionales, éditeurs…, une détermination constante. Ce rapport d’activité est aussi le leur à bien des égards. Qu’ils trouvent ici l’expression de nos sincères remerciements et la valorisation méritée de leur travail. Sur ces bases et avec la mobilisation des acteurs institutionnels pour définir une stratégie et des objectifs clairs, le développement de la e-santé pourra se construire de manière durable.



Jean-Yves Robin 
Directeur de l'ASIP Santé