
Jean-Yves Robin : « Télémédecine : le temps de la généralisation »
Points de vue | 27 oct. 2010
Point de vue de Jean-Yves ROBIN, directeur de l’ASIP Santé
Depuis plusieurs années, pour répondre aux problématiques de démographie médicale en baisse, au défi sanitaire posé par les maladies chroniques et à la nécessité d’assurer une égalité d’accès aux soins, la pratique médicale à distance s’est développée. En France, au niveau local, des établissements de santé, des professionnels, ont mis en place des dispositifs leur permettant d’échanger à distance avec leurs correspondants, d’interpréter des clichés radiologiques, ou d’apporter une expertise médicale à un confrère éloigné.
Depuis plusieurs années, pour répondre aux problématiques de démographie médicale en baisse, au défi sanitaire posé par les maladies chroniques et à la nécessité d’assurer une égalité d’accès aux soins, la pratique médicale à distance s’est développée. En France, au niveau local, des établissements de santé, des professionnels, ont mis en place des dispositifs leur permettant d’échanger à distance avec leurs correspondants, d’interpréter des clichés radiologiques, ou d’apporter une expertise médicale à un confrère éloigné.
Ces projets locaux, souvent portés par la pugnacité de quelques pionniers, qu’ils soient professionnel de santé, acteur économique ou décideur de proximité, constituent aujourd’hui l’essentiel de la réalité de la télémédecine. Ce fourmillement d’initiatives est la marque d’un secteur encore très largement émergeant, qui nécessite un encadrement juridique clair et des transformations organisationnelles. La France partage en cela la situation des autres pays développés.L’enjeu des cinq prochaines années est désormais le passage d’une télémédecine encore largement expérimentale à la généralisation des nouvelles pratiques de soins et de prévention qu’elle permet. C’est à cette condition que la télémédecine apportera une contribution significative à la santé publique et qu’elle constituera un levier de transformation de notre système de santé.
L’ASIP Santé, chargée par le ministère de la santé d'accompagner le déploiement de nouvelles pratiques médicales grâce aux technologies de l’information et de la communication, a sur ce point une conviction forte. Pour que leur développement s’inscrive dans le temps, et qu’il soit porteur de valeur ajoutée, les pratiques de télémédecine doivent s’imbriquer étroitement dans l’organisation des soins et accompagner ses évolutions. C’est ce défi qu’il nous faut désormais relever, afin de généraliser la pratique de la télémédecine en France.
Pour cela, plusieurs facteurs aideront à soutenir ce changement. On peut en identifier précisément six aujourd’hui, avec des opportunités fortes dans un horizon proche.
- Tout d’abord, la capacité grandissante des acteurs producteurs de soins, à partager un projet médical. En effet, qu’il s’agisse de mieux prendre en charge les porteurs d’une pathologie chronique ou d’améliorer l’accès aux soins en zone de faible démographie médicale par exemple, le projet médical est au centre de tout projet de télémédecine. Dans cette perspective, les grands plans nationaux (AVC, maladies rares, médecine pénitentiaire, etc…) et l’élaboration des plans régionaux de santé par les Agences Régionales de Santé (ARS), permettront d’accompagner la mise en place de ces usages ;
- La réforme de l’organisation des soins, impulsés par la loi HPST, constitue ensuite un facteur organisationnel fort pour la mise en place de la télémédecine. Sur ce point, la parution du décret télémédecine ce 20 octobre 2010 constitue une étape structurante pour son développement ;
- Les solutions techniques industrielles doivent ensuite exister, dans une dimension interopérable et communicante. En cela, l’adoption de référentiels et d’un cadre national d’interopérabilité et le déploiement de grands projets structurants comme le Dossier Médical Personnel, sont autant d’opportunités de voir s’installer la télémédecine rapidement en France ;
- Bien entendu, les modèles économiques appliqués à la télémédecine doivent être conçus sur le long terme. Là encore, le décret télémédecine, et la base légale que la loi confère désormais aux activités de télémédecine, peut permettre d’installer ces modèles économiques qui dépendent encore largement de la définition d’une politique tarifaire ;
- Pour appuyer le développement de la télémédecine, l’action publique se doit d’être ambitieuse : soutenir l’innovation, accompagner les acteurs, gérer un investissement public vertueux, créer les conditions de la confiance du public et des professionnels dans ces nouveaux dispositifs, l’action publique doit s’exercer avec persévérance sur tous ces champs. Or la France bénéficie désormais d’une véritable stratégie, plus lisible, tant sur le plan des technologies de l’information que de l’organisation des soins ;
- Enfin, le défi éthique est réel et le débat de société souhaitable sur les nombreuses questions soulevées par la télémédecine. L’enjeu est de garantir l’acceptabilité de ces nouvelles pratiques. Nous restons confiants sur ces derniers points, aux vues de la capacité qu’ont démontrée les acteurs ces dernières années, partout en France, à porter ensemble des projets innovants de nouvelles pratiques médicales.
Cet appel à projet national, doublé de la parution du décret Télémédecine le 20 octobre 2010, constituent tous les deux le coup d’envoi d’un mouvement vers la généralisation de la pratique sur le plan national.
