Joël Karecki (FIEEC) : "La puissance publique se doit d’affirmer publiquement le caractère prioritaire et stratégique de la télésanté"

Points de vue | 07 nov. 2012

Interview de Joël KARECKI, vice-président de la Fédération des Industries Electriques, Electroniques et de Communication (FIEEC)
 
  • Dans un rapport de 2008, la FIEEC identifiait la télésanté comme un secteur de croissance dont il fallait « développer les conditions d’industrialisation ». Quatre ans après, cet objectif est-il atteint? La télésanté est-elle aujourd’hui un secteur porteur pour l’industrie française ?
Le rapport que vous évoquez constituait le résultat d’une réflexion stratégique approfondie menée par plusieurs centaines d’experts issus des industries électriques, électroniques et de communication. La télésanté a été désignée, dans ce cadre, comme un marché stratégique susceptible d’apporter des solutions à un besoin sociétal majeur, et ce, en optimisant les coûts pour la collectivité et en créant de la richesse et des emplois par le développement d’une filière industrielle de pointe en France.

Les freins identifiés en 2008 par notre profession étaient de plusieurs types : un encadrement juridique insuffisant parfois et inadapté, un pilotage politique trop atomisé pour permettre à la télésanté de se développer, une interopérabilité à développer entre les différents maillons afin de créer un véritable continuum entre le domicile et l’hôpital, incluant la mobilité, et une sensibilisation à accroître pour les usagers de ces solutions.

Sur chacun de ces freins, notre profession a travaillé pour être force de propositions et pour favoriser un déploiement industriel de la télésanté. Depuis quatre ans, ces sujets ont évolué, (évolution partielle du cadre juridique, nombreux travaux sur l’interopérabilité, notamment sous le pilotage de l’ASIP Santé), mais ces efforts doivent être poursuivis. Enfin, le pilotage politique de la télésanté reste trop morcelé, malgré la mise en place des Agences Régionales de Santé, et constitue toujours un frein important au déploiement industriel difficile au niveau national.

Ce secteur est plus que jamais porteur pour l’industrie française. Des progrès ont été accomplis depuis 4 ans. Il reste cependant encore beaucoup de chemin à faire.

  • Quelles sont les prochaines étapes de son développement ?
Les solutions techniques pour la télésanté existent et peuvent être mises en œuvre par les industriels. Comme l’a démontré une étude menée en 2011 conjointement par la FIEEC et l’ASIP Santé sur les applications industrialisées en Europe, la France n’est pas encore trop en retard.

Il est donc urgent de continuer à œuvrer pour faciliter le déploiement de la télésanté en progressant sur les différents chantiers évoqués. Les prochaines grandes étapes pourraient concerner le maintien à domicile des personnes en situation de fragilité, pour lesquelles la mise en œuvre de solutions de télésanté est une priorité. En effet, sous l’effet de l’impératif démographique, une attention particulière devra être portée sur ce sujet. Au travers de cette problématique, c’est toute la question du nécessaire continuum des soins qui est abordée et qui constitue une étape incontournable pour le développement de la télésanté.

  • Comment la puissance publique peut-elle selon vous l’encourager ?
En premier lieu, la puissance publique se doit d’affirmer publiquement le caractère prioritaire et stratégique de la télésanté, au travers de ses représentants au plus haut niveau. L’affichage de cette volonté politique est un premier pas indispensable.

Au-delà, il est primordial que la puissance publique puisse jouer son rôle au côté des acteurs de la télésanté : il s’agit d’un rôle de catalyseur dans lequel elle doit veiller à organiser un pilotage unique et concerté de ce sujet, au niveau national, en rassemblant l’ensemble des acteurs publics et privés concernés autour de la table. Ainsi, la puissance publique doit accompagner le développement industriel de la télésanté sans se substituer à chacun des acteurs, mais en créant les conditions de l’épanouissement de ce marché porteur de croissance.

A un niveau plus technique, les travaux très importants entrepris par l’ASIP Santé, en particulier sur l’interopérabilité et la sécurité doivent être poursuivis et amplifiés, car ils constituent une condition pour faire émerger la télésanté au niveau national et instaurer la confiance.

Les industriels de la FIEEC (Fédération des Industries Electriques, Electroniques et de Communication) sont prêts pour un déploiement des solutions de télésanté au niveau national. Ils sont également prêts à accompagner toutes les démarches qui iront dans le sens de ce développement, comme le montre leur soutien continu aux actions de l’ASIP Santé. La télésanté est une œuvre collective, et ce n’est qu’en rassemblant tous les acteurs qu’elle parviendra à se développer...

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