Pr Jean Cassagnes, Cardiauvergne : « la téléassistance a réduit de moitié la mortalité des patients insuffisants cardiaques »

Points de vue | 18 juin 2014
Le professeur Jean Cassagnes est cardiologue, professeur des Universités, ancien responsable du pôle de cardiologie du CHU de Clermont-Ferrand. Il a fondé et dirige depuis 2010 le GCS Cardiauvergne, qui propose un service de télésurveillance coordonnée des patients insuffisants cardiaques. Bilan.


Pouvez-vous nous présenter brièvement le GCS Cardiauvergne et ses objectifs ?


Cardiauvergne est un Groupement de coopération sanitaire (GCS de 35 partenaires) qui propose un service de télésurveillance et de coordination des soins pour les patients insuffisants cardiaques. Il faut savoir que l’insuffisance cardiaque est une maladie grave et fréquente : les chances de survie à 5 ans des malades sont seulement de 35%, la pathologie touche 2% de la population française et concerne 25 000 personnes rien qu’en Auvergne. En outre, 120 000 nouveaux cas sont « générés » chaque année suite à un infarctus du myocarde, et 35 000 personnes en meurent tous les ans.
L’objectif premier de Cardiauvergne est par conséquent d’améliorer le pronostic vital des patients insuffisants cardiaques, en perfectionnant leur suivi médical grâce à la télésurveillance.
L’objectif est également de réduire les réhospitalisations et de maintenir les patients chez eux le plus longtemps possible. En effet, l’insuffisance cardiaque est la première cause d’hospitalisation après 60 ans en France, avec plus de 220 000 séjours par an. Il s’agit donc d’un enjeu de santé publique majeur.



Comment les outils numériques vous aident-ils à améliorer la vie des
malades ?


Lors de son inclusion dans le dispositif, le patient se voit remettre un pèse-personne connecté, qui va mesurer et nous communiquer quotidiennement son poids. Une prise de poids rapide nous informe en effet assez clairement sur la rétention d’eau et de sel, et l’éventuelle formation d’œdèmes. Au-delà d’un certain seuil (2kg) nous recevons une alerte et choisissons la manière d’y répondre. Souvent un simple appel téléphonique suffit à nous rassurer, mais si le cas est plus grave nous pouvons contacter l’infirmière ou le médecin libéral pour qu’il se rende au domicile du patient.

Ces infirmières, adhérentes du GCS ont reçu un smartphone (400 smartphones financés par les conseils généraux de la région Auvergne ont été distribués) ou ont téléchargé l’application sur leur propre smartphone et peuvent nous transmettre, à distance, des éléments sur l’état clinique du patient.

Ces informations viennent alimenter un dossier électronique de suivi, qui compile également les résultats d’analyses biologiques du patient, mais aussi ses traitements, grâce à une connexion via messagerie sécurisée avec les pharmacies de la région.





Le pèse-personne communicant utilisé 
pour le suivi des patients dans le projet Cardiauvergne


Quels résultats avez-vous obtenus ?


Quantitativement, nous avons réduit de moitié environ la mortalité et de près de deux tiers le taux de réhospitalisation sur les 558 premiers patients inclus et suivis en moyenne un an. Ce qui est déjà une belle réussite ! Mais, de manière plus inattendue, nous avons constaté un impact qualitatif sur tous les professionnels de santé impliqués : ils se sentent plus utiles du fait de cette coordination nouvelle autour du patient. Enfin, et c’est peut-être le plus important, les patients sont ravis car ils se sentent très sécurisés. D’ailleurs, ils sont inquiets et souhaiteraient la poursuite de ce projet lancé à titre expérimental, et qui survit aujourd’hui grâce à des subventions de l’ARS, de l’Etat et de l’Union Européenne. Malheureusement, il manque encore une structure de financement adaptée pour pérenniser le projet.

Pensez-vous que les applications de « quantified self » puissent être un plus pour les patients ?


Oui, cela peut indéniablement être un plus pour le suivi des patients, à condition qu’ils soient suivis par un médecin et puissent partager ces données avec lui. En effet, ces outils semblent pour l’instant être majoritairement utilisés par des personnes en bonne santé, il ne faudrait pas que cela génère plus d’angoisse que de prévention…
D’ailleurs, avec Almérys, la société qui nous accompagne sur la partie technique, nous travaillons actuellement à un projet « Cardiauvergne 2 », dans lequel les patients seraient vêtus d’un maillot connecté, capable de nous transmettre des informations telles que la température corporelle, la fréquence cardiaque, la fréquence respiratoire, le niveau d’activité physique.


Pour aller plus loin :