Professeur Christophe LECLERQ : "La place des TIC dans la cardiologie devrait rapidement s’accroitre"

Points de vue | 08 févr. 2013
Point de vue du Professeur Christophe LECLERQ, Secrétaire scientifique et membre du Bureau de la Société Française de Cardiologie (SFC)

 

Vous êtes Secrétaire scientifique des journées européennes de la Société Française de Cardiologie. A ce titre, vous avez collaboré à l’élaboration du programme. Quelle place occupe la thématique des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) dans la pratique des cardiologues aujourd’hui ?

 

Le programme des Journées Européennes de la Société Française de Cardiologie (JESFC) a prévu plusieurs sessions portant sur la télémédecine et la télécardiologie. Aujourd’hui, la place des TIC dans la cardiologie est encore limitée mais devrait rapidement s’accroitre. Le Professeur Philippe Mabo vous a parlé des prothèses implantables, et il est vrai que ce domaine précis connaît un fort développement parce que tous les fabricants de prothèses cardiaques implantables proposent de tels outils, et que tous les cardiologues sont motivés par la télécardiologie. Les prothèses communicantes permettent en effet de désengorger des hôpitaux et des cabinets saturés, mais surtout, elles apportent une sécurité importante car en cas d’événement lié au matériel ou au patient, le médecin est alerté très rapidement. Ces éléments font que les cardiologues sont de plus en plus partisans du suivi par téléconsultation. On réduit le nombre de visites et les déplacements des patients, on réduit la durée d’hospitalisation, et on bénéficie d’un délai de réaction beaucoup plus important. Par exemple les études ont démontré que l’on pouvait détecter des événements cardiaques 35 jours plus tôt qu’avec un suivi conventionnel. 

Vous êtes pionnier du télésuivi des dispositifs implantées au CHU de Rennes avec le Professeur Mabo, que pensez-vous de la diffusion de ces pratiques auprès de vos confrères cardiologues. Sont-ils enthousiastes ?


L’activité est en plein développement, et je pense qu’à des degrés divers et variés tout le monde s’y mettra progressivement car il y a de plus en plus de prothèses communicantes implantées, de moins en moins de cardiologues… l’équation est simple !
Encore une fois, le point clé de ce développement est la question du remboursement, au même titre qu’une consultation classique.

Quelles pourraient être selon vous les apports des pouvoirs publics pour déployer cette filière ?


Le problème aujourd’hui n’est pas technologique, il est plutôt d’ordre « administratif ». Il n’existe pas de remboursement par la sécurité sociale pour ce type d’acte, et pas de métier spécifiquement dédié au suivi télécardiologique. Or dans l’idéal on peut imaginer que le suivi régulier ne soit pas effectué uniquement par le médecin mais qu’il y ait une délégation de tâche possible à des techniciens ou infirmiers. Actuellement c’est possible mais il n’y a pas vraiment de réglementation là-dessus. Par exemple à l’heure actuelle quand je vois un patient en téléconsultation, il n’y a pas de valorisation financière de cet acte. Il faut donc que les autorités avancent sur ces points.

Quelle place occupe la France par rapport aux autres pays dans ce domaine?


En ce qui concerne le télésuivi des prothèses une société allemande (Biotronik) a été pionnière. Ont suivi trois sociétés américaines (Boston Scientific, Medtronic et Saint Jude Medical),  puis la compagnie franco-italienne Sorin Group. Aujourd’hui, tous les fabricants de défibrillateurs proposent des dispositifs communicants. Donc non, nous n’accusons pas de retard technologique particulier en France sur le sujet.
Nous souffrons plutôt d’un retard d’organisation et de suivi administratif. Toutefois la question de la valorisation financière de l’acte et de son remboursement n’est pas résolue non plus dans les autres pays européens.

Quel est le rôle des équipementiers dans le développement du télésuivi cardiologique?


Il est de deux ordres : la fabrication des prothèses d’une part bien entendu, mais d’autre part la gestion, la transmission, le stockage des données communiquées par les prothèses et leur renvoi pour analyse et suivi.

L’année prochaine, verra-t-on encore plus de e-santé au programme des Journées Européennes de la Société Française de Cardiologie (JESFC) ?


Oui, car c’est un thème important, qui aura très certainement une place de choix au programme de la prochaine édition des Journées Européennes de la Société Française de Cardiologie !

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