Stimuler les usages et la réalisation des bénéfices

Points de vue | 14 mars 2012

Points de vue de David Champeaux, directeur associé chez McKinsey, co-responsable du secteur global des technologies de santé chez McKinsey.


Les expériences internationales de déploiement et d’adoption de dossiers médicaux informatisés tels que le DMP à l’échelle d’un système de santé montrent la nécessité de gérer activement, sur une période de plusieurs années, la stimulation des usages et la participation coordonnée de tous les acteurs.

Enjeu considérable…

Les expériences internationales, par exemple aux États-Unis, ont démontré que l’adoption et l’usage de dossiers médicaux informatisés au sein de nouvelles pratiques professionnelles permettent la réalisation de bénéfices considérables pour tous les acteurs du système de santé, en termes non seulement de qualité des soins, d’accès aux soins et à l’information, d’efficience du système de soins, mais également de conditions de travail des
professionnels de santé. Le programme mis en place à Hawaii par Kaiser Permanente pour améliorer la prise en charge des insuffisances rénales chroniques en est un bon exemple.

…qui requiert la transition des acteurs sur une longue période

Un des principaux enseignements de ces expériences est également que la réalisation des bénéfices requiert la participation coordonnée
de nombreux acteurs du système de santé aux usages du dossier médical informatisé, dans le contexte de nouvelles pratiques
professionnelles. Le programme d’implémentation d’un projet dossier médical informatisé en Australie a recensé les « scénarios »
de modification des pratiques de soin utilisant un dossier médical informatisé le plus susceptibles de générer des bénéfices et identifié de multiples acteurs requis pour leur mise en oeuvre. Cette transition de la plupart des acteurs d’un système de santé à l’usage du dossier médical informatisé se fait graduellement – en général cinq à dix ans avant d’atteindre 50 % de participation par les patients, les généralistes ou les établissements de santé, comme l’attestent par exemple les expériences au Canada ou au Danemark.

Le développement des usages peut également être coordonné au sein de communautés de soin, définies soit par territoire, soit par réseau de soin. Par exemple, en écosse, un programme focalisé sur les urgences a coordonné la participation des services d’urgence hospitaliers et de proximité au partage d’informations sur les allergies et les prescriptions de médicaments des patients.

…par les professionnels de santé et les industriels eux-mêmes

Plutôt que de se concentrer sur le déploiement d’une technologie, les expériences internationales ont démontré qu’il est essentiel d’adopter une approche qui privilégie la stimulation de la demande par les acteurs, en encourageant et en soutenant l’appropriation, par les professionnels de santé et les patients, de nouvelles pratiques et de nouveaux usages qui font appel au dossier médical informatisé, et d’adapter la feuille de route « technique » aux usages les plus demandés. Des enquêtes récentes(1) auprès de médecins
spécialistes ou de proximité en Australie ont en effet démontré qu’un segment important des professionnels de santé se considère comme pionnier en matière d’adoption de la e-santé
et que le facteur principal influant sur cette adoption est la possibilité de participer à la conception et au déploiement des usages.

De même, plutôt que définir et développer toutes les solutions centralement, l’adoption et le développement des bénéfices peuvent être accélérés en encourageant et en soutenant l’innovation par les industriels avec des solutions venant compléter et ajouter de la valeur au socle du dossier médical informatisé, en s’appuyant sur un socle de services ouverts. Par exemple, en Australie, un des sites pilotes du déploiement du programme PCEHR conçoit et teste une solution permettant de synchroniser un carnet de santé électronique avec le dossier médical informatisé.
 

A propos de…

McKinsey est un cabinet global de conseil en stratégie, réalisant de l’ordre de 800 projets par an dans le domaine de la santé et présent auprès de nombreux ministères
de la santé, organismes régulateurs, assureurs maladie ou hôpitaux à travers le monde (y compris en France, Angleterre, Allemagne, Scandinavie, états-Unis, Canada, Italie, Singapour, Australie).


(1) Department of Health and Ageing,
The eHealth readiness of Australia’s
medical specialists.

 Extrait du Rapport d'Activité 2011 de l'ASIP Santé.